EXALTATION DANS LA CORRESPONDANCE
une prison. Je t'embrasse, si tu me le permets. Prie donc Dieu pour que ta femme meure pour votre bonheur à tous. » Celle qui n'ose plus se dire ta femme.
d Signé : El. L.
• P. S. Pardonne le mal que je te fais; pardonnez Imis. mais viens vile. Je puis encore, devant le monde, être comme autrefois, c'est l'essentiel; peut-être dans quinze jours je ne pourrais plus '. »
Voici un autre spécimen de la correspondance des hystériques. Il démontrera jusqu'à quel point les malades aiment à s'épancher devant leurs juges : mensonges, confidences, aveux 5 remords de conscience, fautes imaginaires ou réelles, tout se trouve accumulé pèle-mèle dans de longues missives. Dans l'espèce, il s'agit d'une dame T..., très compromise à l'étranger, dans une série d'affaires dramatiques assez louches. Elle écrit ce qui suit :
« Monsieur le juge d'instruction D... ,
» Ainsi que je vous l'ai déjà dit une fois, et comme je vous le dis encore aujourd'hui, le cœur navré, j'ai bien des choses sur la conscience qui me tourmentent et qui ne me laissent aucun repos. Que de fois j'ai été sur le point de vous laisser jeter un regard dans ma vie. Mais, malgré de rudes combats, je ne pouvais me décider à vous renseigner de vive voix et pas même par écrit. Maintenant, je suis décidée à le faire pour ne plus avoir à supporter davantage cette vie de supplice.
i. Morcl, .!/«/. ment., p. 088 et suiv.
344 l CRITS DES BYSTÉRIQ1 ES.
Je suis une mauvaise rerame sans caractère. J'ai pi n ^ de crimes et de délits sur la conscience qu'il ne me sérail
ssible d'en expier.
» Je suis devenue une menteuse, une voleuse, une adultère ft l'assassin de mon mari. Tout cela n'esl pas la suite d'un enchaînement de circonstances, mais celle du mensonge et de mes mauvaises inclinations.
m'ont l'ait oublier mes devoirs d'épouse, de femme, de maîtresse de maison. Mon exemple a induit au mal mon époux, mon enfant et mes domestiques.
» Feu mon époux et moi, nous nous sommes tendrement aimés. Tous deux, jeunes et sans expérience, vifs et passionnés, nous eûmes parfois des querelles qui assombrirent nuire intérieur qui suis cela eût été plein de bonheur. Favorisés parla fortune, nous devînmes, non pas- paresseux, mais frivoles, et la frivolité conduisit chez moi mon séducteur.
» Le premier pas dans la voie du mal était fait. Mon premier parjure, ma première liaison dura quelque temps; elle fut rompue, et de nouveau renouée après des années.
» Lue faute en engendre une autre; des relations d'affaires et d'amitié amenèrent d'autres dangers dans la maison, et jV devins en partie victime et en partie séductrice. Cela ne pouvait rester ignoré de mon mari. Il dut s'en douter; mais pour notre malheur, on ne s'expliqua pas, et ce défaut de confiance me conduisit au crime. La perte malheureuse de mon mari devait amener M. D... dans notre maison. L'ami, non le médecin, devint la victime de mon amour, du mensonge que l'on pourrait qualifier de colossal.
» L'ami devint l'amant et, par ma faute probablement, l'assassin de mon mari. La mesure de ma faute était comble. Dans un moment à jamais déplorable, je laissai échapper des paroles irréfléchies, dont je ne me souvins pas même l'instant après. Ce fut sans doute une faute de l'ivresse, car