EXERCICE ILLÉGAL DE LA MÉDECINE
de loin à ses affaires personnelles, puis, d'un ton emphatique et prophétique, elle s'écrie :
« Rien de ce qui arrive ne sera impuni ; la loi est inviolable, et si quelques juges intimidés ou complaisants, — unetrinité coupable, — ont prévariqué, réparation éclatante sera faite, satisfaction éclatante seradonnée par le souverain qui, échappant aux mesquins intérêts qui s'agitent, saura bien faire le droit. D'ailleurs, Napoléon y est contraint; il ne lui appartient pas plus de ne pas intervenir que d'être injuste; sa détermination lui est imposée. »
Chacune des paroles qu'elle prononce, chacune des affirmations qu'elle émet, témoigne d'idées fausses, extravagantes ou absurdes qui impriment à son récit le caractère ému des délires de persécution. Absolument comme les aliénés affectés de manie raisonnante, elle puise en ellemême une entière confiance, étale avec emphase les ressources fécondes de son esprit inventif et se met toujours à la recherche d'un expédient.
Rosalie éprouve défausses sensations de la vue et de l'ouïe ; mais ces hallucinations ne l'épouvantent pas; car, loin de se mettre au service de la folie, elles la protègent et la défendent contre ses ennemis. Loin de s'effrayer des conseils mystérieux qui lui sont donnés par des voix inconnues, loin d'être étonnée par ses visions étranges et ses apparitions surnaturelles, elle s'imagine être l'objet de la protection d'êtres supérieurs.
Cette protection, elle s'en est rendue digne pard'éminents services ; puis, en souvenir de son ancien métier, elle place son doigt sur « l'organe matériel de la pensée », se magnétise elle-même et prétend se plonger à plaisir dans un monde inconnu... « Le monde cause, » son imagination déréglée l'emporte alors, et les phénomènes hallucinatoires se présentent et l'agitent.
Toutes ces notions ont été difficiles à obtenir. Rosalie est
méfiante, elle introduit des réserves et des réticences dans Legrand du Saille. Les hystériques. 27