‹ Les hysteriquesChapitre 171 sur 265 · COMPLICITÉ D'ESCROQUERIE · texte numérisé non relu

COMPLICITÉ D'ESCROQUERIE

son discours, elle affecte une hauteur et un dédain déraisonnables « pour tout ce qui n'est pas son monde, » et elle se drape dans ses haillons, comme une tragédienne de l'antitiquilé.

Cette fille a perdu la raison depuis très longtemps. Très probablement atteinte d'hystérie autrefois, elle a subi la mobilité et la versatilité des manifestations psychiques qui accompagnent cet état nerveux; puis, sous l'influence des progrès de l'âge, des idées très persistantes de persécution ont pris racine. Un peu plus tard, des troubles sensoriels ont apparu, et, malgré les apparences d'une lucidité intellectuelle assez marquée, l'étrangeté de ses paroles ne peut pas en imposer longtemps. Remise en liberté, elle continuerait immédiatement à protester contre les injustices dont elle prétend avoir été victime et, selon toute vraisemblance, elle se ferait arrêter au guichet des Tuileries.

En résumé :

1° Rosalie C. est atteinte de folie hystérique, chronique, avec hallucinations de la vue et de l'ouïe, idées de persécution, attitude raisonnante et excentricités morbides;

2° Elle ne peut pas être considérée comme étant responsable de ses actes ;

3° Elle est incapable de pourvoir à ses besoins et de se livrera une occupation suivie;

4° Elle traverse en ce moment l'âge critique et pourrait être assez sérieusement et très utilement traitée dans une maison d'aliénés.

P. S. — Le tribunal (7e chambre) renvoie la prévenue des poursuites, sans dépens, et la remet à la disposition de l'autorité administrative en qualité d'aliénée.

La malade, dont il s'agit dans l'observation suivante, était inculpée d'abus de confiance. Voici le rapport

ABUS DE CONFIANCE. il'J

médico-légal dans lequel je rendis compte de son état mental.

OBSERVATION LXII. — Abus de confiance commis par une hystérique. — Illusions sensorielles, hallucinations gaies ou tristes. — Mobilité d'humeur excessive. — Inconscience.

Eugénie P..., âgée de vingt-quatre ans, est atteinte en ce moment de délire hystérique, avec illusions et hallucinations des sens, périodes de mutisme, d'insomnie et de demi-stupeur, rires subits non motivés, pleurs, sanglots, désespoir momentané et altitude générale d'une mobilité pathologique presque étrange. Ne parlant pas, douce, souriante, elle s'amuse avec une feuille de papier, couvre de baisers le premier objet venu, appelle toujours René, façonne une poupée avec des chiffons, prête l'oreille, écoute, rit ou pleure.

A son entrée à Saint-Lazare, elle aurait paru en proie à des préoccupations politiques assez vives et aurait tenu des propos absolument incohérents, puis elle a cessé de parler et a seulement appelé René un grand nombre de fois, dans la journée et dans la nuit. Elle s'alimente passablement.

Cette malade a de Paaesthésie cutanée, elle accuse une sensibilité douloureuse dans la région ovarienne gauche, et elle a certainement des hallucinations de la vue et de l'ouïe. Elle aperçoit au plafond des objets, des oiseaux, des fleurs ou des tableaux, qui la font sourire et faire des gestes provocateurs; ou bien, elle entend des voix qui la charment ou l'épouvantent.

Le passé de cette jeune fille, je l'ignore complètement, mais à priori tout semble trahir l'existence d'un roman préalable se résumant par ces mots : un amant et un enfant. Toutefois, cette assertion n'appartient qu'au domaine de l'hypothèse.

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