‹ Les hysteriquesChapitre 174 sur 265 · ACCUSATION DE VOL · texte numérisé non relu

ACCUSATION DE VOL

Cette fois, au marché îles Carmes, n'ayant nullement besoin d'argent, elle s'est sentie tout à coup en proie à un grand tremblement et elle a volé deux porte- monnaie : l'un renfermait 20 francs, l'autre ï$. Elle avoue le fait, se reconnaît coupable, n'essaie point de se disculper, pleure et se lamente, réclame ses enfants et se livre au plus grand désespoir.

Alphonsine Ch... ne délire point et n'est pas une aliénée, mais sa santé est réellement mauvaise et l'on peut assez bien s'expliquer comment l'ébranlement de son système nerveux a pu influer sur ses déterminations et retentir sur sa volonté. De là, cependant, à l'irresponsabilité il y a bien loin ! Dans mon opinion, la prévenue, semblable à beaucoup d'hystériques, éprouve passagèrement quelques incorrections mentales et est exposée à commettre des actes irréfléchis, excentriques, impulsifs ou délictueux, mais elle ne perd pas la notion du bien et du mal, du juste et de l'injuste, et elle doit pouvoir répondre dans une certaine mesure de la moralité de sa conduite.

En résumé :

1° Alphonsine Ch... est physiquement malade;

v2° Elle peut présenter de temps à autre des troubles intellectuels momentanés ;

3° Même dans ces moments-là, elle a une certaine conscience de ce qu'elle fait, et elle est partiellement responsable.

OBSERVATION LXVI. — Hystérique. —Accusation de vol; condamnation par défaut; appel du jugement; rapport médico-légal constatan l'aliénation mentale; acquittement1.

Madame M..., veuve do M. M..., vérificateur des domaines, a, le 21 novembre 1841, soustrait chez un marchand d'Aval-

1. Annales médico-psychologiques, t. VI, lrt série (Dr Girard).

Aie VOLS DIVERS.

Ion une pièce d'étoffe d'alpaga, estimée 43 francs. Elle a été pour ce larcin et pour deux autres commis antérieurement

condamnée par défaut à 13 mois de prison et 25 trams d'amende.

Appel est fait de cette sentence par madame M... qui déclare avoir obéi dans l'accomplissement de ce vol à une impulsion maladive irrésistible; une enquête médicale est ouverte qni établit les faits suivants :

Une tante de cette dame est aliénée; un de ses oncles s'est suicidé, et le fds de ce dernier s'est brûlé la cervelle, pour un motif des plus futiles.

Ainsi héréditairement prédisposée, elle eut des convulsions dans son enfance, une impressionnabilité incroyable jusqu'à l'apparition des règles qui fut marquée par des troubles nerveux graves, sous forme d'attaques, de spasmes, etc.

Pendant une période de quelques années, elle se montra d'une douceur de caractère et d'une égalité d'humeur que tout le monde admirait; elle se maria, et peu de temps après, on vit éclater de nouveaux accès convulsifs suivis de troubles durables de l'intelligence que des médecins consultés n'hésitèrent pas à rapporter à l'hystérie : ils s'aggravèrent sous l'influence d'une attaque de choléra, d'une menstruation difficile, de grossesses multiples et de soucis d'intérieur. En dehors de quelques intervalles lucides, elle était le plus souvent bizarre et agissait manifestement sous l'empire d'hallucinations, elle se plaignait de céphalalgies intenses.

Elle était dans cet état lorsqu'en 1843 elle déroba, une première fois, des objets de la valeur la plus minime, rubans, dentelles, épingles, que le lendemain elle porta ostensiblement dans une réunion publique. A quelque temps de là, elle commit un vol semblable dans des circonstances analogues.

A Paris, où elle alla sur ces entrefaites, elle se montra extravagante, incohérente dans ses propos, en contradiction avec elle-même, prêchant l'économie et se laissant aller à des prodigalités inutiles.

Page 1