DEGRÉ DE RESPONSABILITÉ. 4S'J
rappeler que, si l'état mental de ces voleuses excuse, dans une certaine mesure, en les expliquant, les faits délictueux, il ne saurait légitimer l'impunité complète.
J'ai rapporté dans un autre travail ' et j'ai reproduit, dans la clinique médico-légale de celui-ci, à propos des rapts d'entants commis par des hystériques, une observation assez intéressante (celle de Léonie Chéreau), que j'invoquai alors, il y a de cela plus de vingt ans, en laveur des idées que j'exprime ici même.
Ayant à apprécier au point de vue médico-légal l'état mental de la jeune accusée, j'écrivais en 18(50 : La jeune fille, bien qu'hystérique, a-t-elle eu conscience de son crime? Oui. L'article 64 du Code pénal lui est-il applicable? Non.
Dans toute cette affaire, en effet, comme je le remarquais alors, on chercherait vainement des traces de folie proprement dite, et il a fallu, pour essayer d'en trouver, l'habileté consommée d'un avocat célèbre. En se plaçant au point de vue de l'accusée, on ne rencontrait , d'un bout à l'autre, qu'un enchaînement fort logique de circonstances, et l'enlèvement de l'enfant de M. Hua ne faisait que donner la mesure de la précoce, mais profonde perversité de la jeune fille, et de la puissance de sa volonté à mal faire pour arriver à ses fins. Mais, ajoutais-je, si les facultés intellectuelles étaient dans toute leur intégrité, le trouble des facultés affectives était poussé si loin, qu'il avait été certainement de nature à exercer une puissante influence sur l'acte inciï-
1. Legrand du Saulle, Annales médico-psychologiques, 1860. — Etude médico-légale sur l'hystérie.
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miné. Aussi je considérais que si, dans le cas particulier, juger la question par un acquittement, c'était, suivant l'expression de Lerminier1, trop incliner à déclarer la liberté morte, quand elle n'était que malade, il v avait lieu d'admettre cependant une atténuation de culpabilité, comme on devra le faire, suivant nous, lorsqu'on aura bien et dûment constaté un état d'hystérie à la plus haute puissance.
C'est seulement dans des cas très rares que l'hystérie entraîne avec elle l'irresponsabilité totale, mais ces cas, il faut les connaître. Au premier rang se placent ceux qu'on a l'occasion d'observer chez des jeunes filles ou des femmes qui ont reçu avec la vie le plus triste apanage héréditaire, qui marchent irrévocablement et dans un temps très prochain à la complète invasion de la folie; dont l'enfance a été essentiellement névropalliique et convulsive, qui ont subi des temps d'arrêt dans le développement des facultés de l'intelligence, et qui comptent surtout un grand nombre d'aliénés dans leur famille. Des cas aussi nettement tranchés et aussi circonscrits sont des plus rares.
11 ne faut pas perdre de vue d'autre part, que l'attaque d'hystérie, — j'entends les grandes attaques, — est assez communément précédée ou suivie d'une période de délire plus ou moins prolongée. Durant cette période, nous l'avons vu, l'hystérique ne s'appartient pas; elle est dominée par des hallucinations, en proie quelquefois à des impulsions irrésistibles, qui ont bien rare-