A. — TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ
Les troubles de la sensibilité tiennent une place capitale dans la syinplômatologie de l'hystérie. Parleur fréquence, les caractères un peu spéciaux qu'ils revêtent, ils constituent souvent de puissants auxiliaires pour le diagnostic de la névrose et méritent d'être attentivement étudiés.
Ces troubles consistent tantôt en des anesthésies, qui par la variabilité de leur siège, de leur degré, de leur étendue, se présentent sous de multiples aspects.
Tantôt ce sont des hyperesthésies, des douleurs pouvant se localiser sur les points du corps les plus divers, affecter la peau, les muscles, les articulations, les viscères.
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Enfin on observe, quoique plus rarement, des perversions singulières du sentiment qui ne constituent pas l'une des manifestations les moins typiques de la maladie.
Ces diverses anomalies de la sensibilité peuvent d'ailleurs marcher de pair et se combiner les unes avec les autres. Nous verrons par exemple que rien n'est plus fréquent que d'observer chez une hystérique atteinte d'anesthésie unilatérale ou généralisée, des points douloureux , de véritables zones d'hyperesthésie dont le frôlement est souvent assez pénible pour déterminer chez les malades l'apparition des crises convulsives. Nous allons donc passer successivement en revue les anesthésies, les hyperesthésies et les perversions de la sensibilité.
1° Des anesthésies1.
Il est bien peu d'hystériques chez lesquels on ne rencontre pas à un moment donné de l'anesthésie, soit que celle-ci se localise sur certains points du corps comme les extrémités ou la région des seins, soit
I. Henrot, De l'anesthésie et de l'hypéresthésie hystériques. Th. d.> Paris 1847.
A. Landry, Recherches phys. et path. sur les sensations tactiles. — Arch. de médecine, ie série, t. XXIX et XX.
Lasègue, De l'anesthésie et de l'ataxie hystérique. — Arch. yen. de médecine, 1863.
A. Voisin, De l'anesthésie cutanée hystérique, Gas.hebd. de méd. 18S8.
Charcot, De l'hémianeslhésie hystérique. — Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, p. 300, Paris, 1876.
Et les différents Traités généraux sur l'hystérie (Landouzy, Briquet, Bernulz, etc.).
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« I »i ** - 1 1 »* affecte la forme d'hémianesthésie ou d'anesthésie généralisée.
ii. iiiinii. ^ii>««i< . — L'hémianeslhésie esl l'une des modalités les plus caractéristiques que revête la perte de la sensibilité, dans la névrose. C'est par elle que nous commencerons celle étude.
Piorry paraît être I»1 premier auteur qui l'ail décrite. Après lui Macario et Gendrin Pont étudiée. C'est seulement à une époque postérieure que Szokalsky, en Allemagne, appela l'attention sur cet intéressant symptôme, aujourd'hui bien connu chez nous, grâce surtout aux travaux de Biïquel ci dé MM. Lasègueet Charcot.
L'hémianeslhésie, comme le mot l'indique, consiste dans l'abolition partielle ou totale de la sensibilité dans un des côtés du corps. Si l'on suppose un plan vertical passant exactement par la ligne médiane du tronc, l'insensibilité sera complète à droite ou à gauche de ce plan, tandis que du côté opposé les sensations seront perçues normalement. L'anesthésie siège plus fréquemment à gauche qu'adroite, dans la proportion de 70 cas contre 20j d'après Briquet. Elle porte à la fois sur la peau et les sens spéciaux, et reproduit à peu près de tous points, contrairement aux assertions de Briquet et de Lebreton1, le tableau de l'iiémianesthésie due à une lésion cérébrale occupant le tiers postérieur de la capsule interne.
La sensibilité cutanée peut être atteinte dans tous les modes : tact, douleur, température. Quelquefois le
1. Lebreton, Des différentes variétés de la paralysie hystérique, Th. <\<; l*aii< 1808.
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tact est conservé; on a alors afîaire à de l'analgie et à
de la thermo-aneslhésie sans anesthésie tactile. Il peut se faire queletroublesoitlimitéà l'épaisseur delà peau; mais assez souvent les parties profondes, les muscles, les articulations, les os, ont perdu tout sentiment, et on peut impunément traverser les membres avec des aiguilles ou autres instruments piquants, sans provoquer la moindre douleur. On n'a pas oublié qu'au moyen âge les tribunaux de haute justice considéraient cette insensibilité comme un signe de sorcellerie, et plus de cent mille malheureux expièrent sur le bûcher le crime d'être des hystériques anesthésiques.
Parmi les signes qui, aux yeux des jurés experts, avaient le plus de valeur pour établir la possession démoniaque, figurait la possibilité de produire des blessures sur les membres, sans qu'il s'ensuivit d'hémorrhagie. Nous avons aujourd'hui l'explication de ce fait bizarre, qui tient une grande place dans les ouvrages du temps relatifs à la sorcellerie. On sait en effet qu'il existe habituellement, au niveau des parties du corps anesthésiées, une ischémie plus ou moins prononcée, facilement reconnaissable à la pâleur des téguments, et telle dans quelques cas que des sangsues appliquées sur le coté insensible ont peine à tirer du sang, comme l'ont constaté Grisolle et M. Charcot.
Les muqueuses participent à l'anesthésie comme la peau, dans la moitié du corps affecté. Enfin les sens spéciaux ont cessé de fonctionner. La langue du côté malade ne perçoit plus les saveurs, la narine ne sent plus
Legraxd du Saille. Les Hystériques. 6
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les substances odoriférantes, l'oreille n'entend plus ou en tend, mal, [a vue est profondément troublée. Nous devons insister quelque peu sur ce dernier point.
Les troubles de la \i>i.»n dans l'hémianesthôsie hystérique oui été bien étudiés par KM. Charcot, Galezowsky,
I. ndolt. Ils consistent en une amblyopie (rarement en une amaurose complète), qui se traduit par une diminution de l'acuité, un rétréeissement concentrique du champ visuel, enûnparde l'achromatopsie. L'hystérique a j'<M du, de son mauvais œil, la vision des couleurs et elle ne voit plus les objets que sous une teinte sépia uniforme. Toutefois l'achromatopsie peut être incomplet».', et n'exister que pour un certain nombre de couleurs. Un fait des plus intéressants, en ce sens qu'il permet, dans une certaine mesure, de se mettre à L'abri de la simulation, toujours à redouter chez les hystériques, est celui-ci : les couleurs disparaissent dans un ordre constant. La première couleur qu'une hystérique cesse de voir est le violet; la dernière, le rouge dans la majorité des cas, le bleu quelquefois. Les teintes intermédiaires s'échelonnent elles aussi en série régulière. 11 y a là une loi expérimentalement établie; et toute infraction à cette loi de la part de la malade, dans le cours d'un examen, est la preuve irréfragable qu'il y a supercherie.
Un fait très curieux dans l'histoire de l'hémianesthésie des hystériques et qui a été bien mis en relief par
II. Lasègue, c'est que d'ordinaire les malades ne se doutent pas spontanément du trouble profond dont elles sont atteinte- ; elles en révèlent rarement d'elles-mêmes
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l'existence au médecin, qui doit la rechercher pour s'assurer s'il existe.
Aiirstiit-sic i;.'n«raiiséc. — Quelquefois l'anesthésie
au lieu de se limiter à un côté du corps, se généralise. Briquet en a rapporté un exemple fort intéressant : « J'ai vu, dit-il, une jeune tille dont toute la peau et tous les muscles étaient aneslhésiés; elle avait perdu Fouie et la vue du côté gauche, elle n'avait plus ni odorat, ni goût, elle ne distinguait pas la saveur des aliments qu'elle prenait. Elle entendait difficilement ; obligée de rester au lit toute la journée, à cause de la contraclililé des muscles, elle ne pouvait se servir de ses mains qu'à l'aide de la vue, qui était en quelque sorte le seul sens qui gouvernait tout. L'insensibilité de ses membranes était si profonde, qu'en lui bandant les yeux, on pouvait l'enlever de son lit, la porter presque nue sur le carreau, puis la replacer dans son lit sans qu'elle eût la moindre idée de ce qui s'était passé. Elle comparait la sensation qu'elle éprouvait ordinairement, à ce que devrait éprouver une personne suspendue en l'air par un ballon. »
La généralisation de l'anestbésie n'est pas un fait absolument exceptionnel, et, si les cas analogues à celui qui précède constituent de véritables curiosités pathologiques, en revanche, il est relativement fréquent, surtout dans les grands services hospitaliers consacrés aux hystériques, de voir une malade habituellement hémianesthésique perdre, à un moment donné, la sensibilité ducôté opposé à celui qui est ordinairement insensible. Dans ce cas, l'anesthésie n'est jamais aussi prononcée
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du côté où elle s'établit accidentellement que dans la moitié du corps où elle existe à l'état permanent. La peau, à la vérité, est incapable le plus souvent de percevoir ta moindre sensation de contait, de bVûlure, dedonleur.
Mais 1rs >ens, bien que manifestement touchés, ne sont en général pas suffisamment atteints pour que la malade se trouve placée dans la déplorable situation de la malheureuse dont Briquet a rappelé l'histoire. Il s'agit dans ces cas d'une tendance à la diffusion de l'anesthésie, habituellement Localisée à une moitié du corps, la perte de la sensibilité prédominant d'ailleurs toujours du côté primitivement insensible, et revenant, sous l'action de la moindre influence (émotion, agents œslhésiogènes, attaques), au lype hémianeslhésique.
Anewthésîe disséminée. — L'anesthésie se dispose quelquefois sous forme de plaques plus moins irrégulièrement disséminées à la surface du corps. C'est une épaule, un membre, la face, une partie limitée du tronc, qui auront perdu la sensibilité. Briquet a vu l'anesthésie occuper le pourtour de l'anus et la moitié postérieure des grandes lèvres; M. Chairou ' a insisté sur l'insensibilité pharyngienne et celle de l'épiglotte qui? d'après lui, sont presque pathognomoniques ; M. Leroy d Kliolles2 a noté que, quinze fois sur vingt et un hystériques, la conjonctive et la cornée du côté gauche étaient anesthésiées. Il n'est pas parfaitement démontré, d'autre part, que ces anesthésies localisées de la peau desmains et de la région mammaire, attentivement décrites par