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CHAPITRE III

Définition. — Historique. — État actuel de la question. — Des moyens à l'aide desquels ou provoque le sommeil «hez les hystériques. — Élude syiuplomatique des phénomènes hypnodiques. — Étals léthargique, somnambulique et cataleptique. — Suggestion et hallucinations provoquées.

Définition. — Sous le nom d'hypnotisme, on désigne un sommeil nerveux artificiellement provoqué à l'aide certaines de manœuvres, dont la plus commune, celle qui a été le plus anciennement et qui est encore le plus fréquemment mise en usage, consiste à faire fixer un point ou un objet brillant, dans une direction et à une distance telles que les axes visuels soient convergents.

Le sommeil obtenu par ce procédé ou d'autres analogues s'accompagne de phénomènes singuliers du côté de l'intelligence, de la sensibilité et de la conlractilité musculaire, sur lesquels nous allons avoir à insister.

Historique. — La connaissance de l'hypnotisme et des symptômes qui l'accompagnent n'est pas nouvelle.

A la vérité, jusqu'à une époque très rapprochée de bous,oii s'en est occupé plutôt dans un but d'exploitation et de charlatanisme qu'en vue d'études scientifiques sérieuses. Lc> imaginations ardentes, faciles à séduire

par l'attrait du merveilleux, ont accepté sans contrôle les faits extraordinaires el les fantaisistes interprétations de ces faits, publiés à grand bruit par les magnétiseurs. Le souvenir des Gassner, des Mesmer, de Puységur, du fluide magnétique, des célèbres baquets et de la salle des crises de la place Vendôme, n'est pas encore complètement éteint; si bien qu'aujourd'hui encore, les études relatives à l'hypnotisme, nous entendons les études consciencieuses, ont quelquefois peineàse faire accueillir du monde savant. On se rappelle encore les anathèmes lancés par l'Académie et ses rapporteurs. Burdin ( le jeune) et Dubois (d'Amiens), contre le magnétisme et les magnétiseurs, et l'heureuse réaction qu'ils ont provoquée contre le charlatanisme des habiles et la naïveté des dupes va se perpétuant, dépassant même à l'heure actuelle les justes limites. Beaucoup de médecins aujourd'hui encore n'osent regarder de près ce qui a trait à l'hypnotisme, comme si les foudres des corps officiels étaient toujours à redouter.

Fiat metmét de la question. — Grâce aux importants el solides travaux qui ont marqué la seconde partie de ce siècle, à ceux de Braid (de Manchester) qui, l'un des premiers, a ouvert là route à l'étude scientifique du somnambulisme artificiel, à ceux de Velpeau, de Natalis Guillot, Demarquay, Giraud-Teulon, JJrod; aux éludes plus récentes d'Azam (de Bordeaux), de Mesnet;

ÉTAT ACTUEL UK LA QUESTION. |i,|

à celles surfout, toutes contemporaines, de II. Charcot et de ses élèves, la question est entrée cependant dans une voie nouvelle, voie d'observation prudente, de recherches attentives ut patientes, où il est aujourd'hui permis de s'engager sans crainte.

L'étude de l'hypnotisme et des points qui s' v îapportcnt a sa place marquée dans un travail sur l'hystérie. Si le sommeil artificiel, en elTet, ne s'observe pas chez les seules malades atteintes de névrose confirmée, il n'en est pas moins vrai que la plupart des personnes chez lesquelles on le provoque avec quelque facilité, sont, à des degrés divers, en puissance de nervosisme. C'est chez les hystériques, en tous les cas, que les phénomènes hypnotiques sont le plus prononcés; c'est chez elles qu'on a pu observer <es phénomènes par le détail el poursuivre la délicate analyse des symptômes variés qui constituent les formes multiples du sommeil provoqué.

D'ailleurs, il n'est plus possible aujourd'hui de traiter de l'hystérie sans envisager les faits qui se rattachent à l'histoire de l'hypnotisme. L'étude de ces fails est surtout impérieusement commandée, lorsqu'on a particulièrement en vue la description de l'état mental des hystériques. 11 n'est pas douteux, en effet, et certains des faits acquis en témoignent hautement, que celle étude est appelée à nous livrer un joui' le secret de maintes particularités de l'élal psychique, comme, par exemple, les hallucinations ou l'extase, etc.

Nous avons délini l'hypnotisme un sommeil nerveux artificiellement provoqué. Quelquefois dans l'hystérie,

legr.vm) du saulle. — Los hystériques. II

comme en dehors de la névrose, on observe un sommeil spontané, qui se rapproche beaucoup par ses caractèi es et le^ phénomènes qui l'accompagnent, du sommeil provoqué. fi'estce qu'on a appelé le somnambulisme spontané, par opposition au somnambulisme artificiel.

Au fond, entre l'un et l'autre, les analogies sonl telles que les étudier séparément serait s'exposer à d'inutiles et fatigantes redites. Nous nous attacherons donc ici à décrire exclusivemenl le sommeil provoqué, et nous rappellerons seulement au seuil de cette étude que la plupai i tli ■> phénomènes déterminés par l'expérimentateur, à son gré, à l'aide de certains procédés que nous allons passer en revue, peuvent se développer spontanément sous l'influence d'une prédisposition maladive. — Au reste, le somnambulisme naturel a été étudié de beaucoup moins près que le somnambulisme provoqué, ce qui se conçoit aisément, si l'on songe aux difficultés qui se dressent, en la matière, devant l'observateur, obligé de saisir sur le fait une symptomatologie dont il n'est pas maître. Il en est tout autrement en ce qui concerne le sommeil provoqué. L'expérimentateur le produit à sa guise, et peut ainsi, en multiplianl et variant les observations, en analyser les particularités avec autant de commodité qu'en a, dans son laboratoire, le chimiste pour l'élude de la combinaison des corps.

La plupart des phénomènes qui se montrent dans le sommeil hypnotique, sonl depuis longtemps connus. Il en est peu, parmi ceux qui <mt été attentivement décrits dans ces derniers temps, que n'ait au moins entrevus Braid. La caractéristique des études les plus récentes,

Kl AI ACTUEL m; LA o l.siKiN I , g

c?esl d'abord d'avoir remis en bonneur un ordre de recherches trop Longtemps dédaignées : c'est ensuite d'avoir, grâce à une analyse plus minutieuse des faits, établi des groupements qui permettcnl de s'orienter au milieu d'une symptomatologie fort complexe ; c'esl enfin d'avoir particulièrement appelé l'attention sur certaines manifestations, comme L'hyperexcitabilité musculaire dont dous parlerons plus loin. Or, celles-ci ont une capitale importance, en ce sens qu'elles relient par une sorlede traitd'union les phénomènes hypnotiques à ceux qu'on observe couramment d;ms les affections cérébro-spinales vulgaires, et qu'elles sont en outre, plus que toutes 1rs autres, propres à entraîner la conviction des sceptiques, par suite de l'impossibilité absolue d'une si inulalion de la part des malades.

Nous allons nous efforcer de donner un résumé, à la fois ;mssi complet et aussi concis que possible, de ces éludes1, qui ont été exposées avec un soin particulier

1. D;nis l'impossibilité où nous nous trouvons de citer chemin faisant tous les auteurs qui se sont occupés de la question que nous étudions, nous croyons devoir donner ici la nomenclature des travaux les plus récents sur la matière.

Braid (J.),Neurypnology,or the Rationaleof nervous SIcp/) considered in relation with animal Magnetism. London, 1843.

Todd's Cyclopedia of anatomy and Physislogy. London, 1849, vol. IV, art. Sleep.

A/ain, Note sur le sommeil nerveux ou hypnotisme {Arch. gèn. de médecine, 1860;. — lit Ann. méd. -psycho, 1876. — Revue scientifique, I877-IS7,X.

Lasègue, Des catalepsies partielles passagères, {Arch. de méd., 1865).

Mesnet, Arch. gén. de médecine, 1860, et Union méd., 1874.

Maury, Sommeil et rêves, 1878.

Richet (Cli.), Journal del'anat. et de la physiologie, 1875. — Du somnambulisme provoqué, 1881 .

DuvaliMaih.), art. Hypnotisme, in Xouv. Dict. de méd.etdechir. prat.,

LHYPROTISM]

dans Pinléressanl ouvrage d'un des élèv< - di M. Charcot, M. P. Richer (Etudes cliniques sur Vhystèr<hèpi~ ande hyslêi ie. >

S MOYENS A 1 U DE DESQUELS ON PROA <".>! B l B SOMME1 i Cil EZ LES HYSTÉRIQUES

D'une Façon générale <>n peul dire que toute impression monotone <'t prolongée, ou vive h subite,

peut déterminer le sommeil chez une hystériqi m

•''t;i! d'opportunité '.

Précisons tout d'abord ce que nous entendons par étal d'opportunité. Toutes les hystériques ne sonl pas : faciles à hypnotiser les unes que les autres. L'habilude est une sorte de prédisposition. Une malade s'endorl d'autant plus aisément que le somnambulisme artificiel a été plus fréquemment et est plus habituellem. -u! provoqué chez elle. D'autre part, tes différents procédés hypnogéniques unissent avec d'autant plus de sûreté el de rapidité que le sujet présente plus marqués les symptômes permanents de l'hystérie grave,

I. Charcot, Prog. méd., 1878.— Gu<. hop., 1878. — Gai.méd., I ■•> 7 .s ,i >.■- élèves : l'. Richer, th. doctorat, 1879, et Etudes cliniques sur Vhystéto-épilepsie, 1881; Charcot et Kicher, Elude sur l'hypnotisme ehet les hystériques (Arch. neurologie, 1881;; G. Ballet, Prog. mol., 1880; l'. Regnard : Revue teientifique, 1881; Bourneville el Regnard ; Iconographie photograiéique de la Salpétrière, t. III.

il ide h. lin, Der togenannle iheonsche Magnetismus, physiologisohe BeobaclUungen, 1880; Grutzner et Heidenbain, Breslauer artiliche Zeil chrift, 18X0; Berger, ul. ; 1881.

Chambard, th. Pai s, 1881, el Ketue générale sur les actions hypnogéniques, in journ. l'Encéphale, juin 1881.

\f ipine, /:'/'"''.' teientifique sur le somnambulisme, I

SOMMEIL PROVOQUÉ. Ujj

l'anesthésie (hémianesthésie ou anesthésie totale) zones hystérogènes.On a remarqué, en effet, que,] >rsque

sous um; influence quelconque, à la suite, par exemple, de l'action prolongée des agents esthésiogènes, la sensibilité a été ramenée pour un temps plus ou moins durable, d'une pari les points douloureux dilshystérogènes cessent d'être excitables, et, en outre, la résistance de la malade à l'action des procédés susceptibles dedéterminer habituellement le sommeil, devient beaucoup plus grande. Lorsque, au contraire, les malades sont nettement hémianesthésiques, lorsque le frôlement de- points douloureux détermine aisément, les crises, lorsqu'on somme l'hystérique présente d'une façon trèsaccusée les symptômes permanents ordinaires de la névrose, le sommeil provoqué se réalise avec la plus grande facilité.

Parmi les impressions monotones el prolongées qui sont propres à déterminer l'hypnotisme, les impressions visuelles sont celles qui agissent le plus constamment et avec le plus d'efficacité. — Le père Kircher, il y a près de trois siècles1, avait, observé qu'on arrive très facilement à endormir certains animaux et particulièrement les poules, en les obligeant à regarder lixcmentsuivant sa longueur une ligne blanche tracée sur le sol. Czermak et Preger ont, il y a peu de temps, renouvelé les expériences de Kircher. — On sait aussi que certains dévots de l'Inde, dans leurs pratiques mystiques, arrivaient aisément à s'hypnotiser en fixant le regard sur

I. Kircher, Experimentum mirabile de immaginatione gallinœ, in

Ara magna lacis el timbrée, Homo, 1646.

l'extrémité de leur nea ou certains points de l'espace. I.. s moines du monl Athos, < | »r« m ;i désignés sous le nom à'omphalo-psychiens, s'endormaient en regardant leur ombilic.

lirai»! n'a l'ail que renouveler ces pratiques anciennes dans ses recherches sur Phynpotisme, el lorsque, à son exemple, on fixe le regard d'une hystérique sur un objet quelconque, brillant ou non, placé à qu< Iques centimètres en avant et au-dessus i\<-> yeux, de façon à provoquer la convergence des axes visuels, on détermine rapidemenl le sommeil. On peut du reste varier de mille manières le procédé expérimental... c Je trace, dit Gigot-Suard1, avec un morceau de braise sur une planche carrée un cercle de In centimètres de diamètre que je noircis dans toutes ses parties; j'invite mademoiselle X, à regarder fixement le cercle noir, comme elle avait regardé quelques jours auparavant la bougie, avec laquelle elle s'était elle-même hypnotisée. Après une minute au plus, elle était hypnotisée et en état de somnambulisme, comme la première fois. ■ Ilsuffit,nouslerépétons,pourquel'impressionvisuelle agisse, qu'elle soit monotone et quelque peu durable : la convergence des yeux, l'aspect brillant de l'objet regardé sont des conditions adjuvantes, mais non nécessaires. — Ce qui le prouve, c'est que l'impression aura la même action, lorsqu'elle s'exercera sur un sens quelconque antre que la vue. L'expérience démontre en effet qu'on peul endormir les malades prédisposées,

I. Gigot-Suard, I.<s myttèret du magtiétiume animal et et la magie dévoile», ou /</ vérité démontrée par l'hypnotixme, Paris, 1860.

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