HYSTÉRIQUES ADULTES. -'H
« Ellesse recherchent volontiers, mais elles deviennent
vite jalouses entre elles, ourdissent de petits complots les unes contre les autres, portent l'esprit dedénonciatfon jusqu'à s'accuser des moindres faits; puis, leurs amitiés éphémères sitôt mortes que nées, elles se séparent bien vite et se querellent ou se disputent pour les motifs les moins sérieux. Comme elles sont exposées entre elles à une sorte de contagion ou d'imitation nerveuse, on les voit organisant de mesquines conspirations d'indiscipline ou de rébellion; on les voit encore toutes prises d'un fou rire à propos de rien, d'un homme qui passe, de la pluie qui tombe, d'une mouche qui vole; puis ce sont des récriminations, des reproches, des lamentations, des larmes sans fin. Dans un service renfermant des épilepliques et des hystériques, on reconnaît souvent celles-ci par l'habitude qu'elles ont de mettre des Heurs au chevet de leur lit, de s'orner la tète de rubans (ordinairement rouges ou bleus), de porter une cravate aux couleurs éclatantes; et, comme il est dit que tout est contraste dans leur caractère ou leur manière d'être, il est intéressant de les voir, avec ces parures et ces fleurs sur la tête, marcher par une pluie ballante à l'approche de leur délire ou de leurs accès convulsifs, pieds nus, les vêtements en désordre et les cheveux au vent. »
A la mobilité habituelle des impressions chez les hystériques il est curieux d'opposer la constante persévérance, la fixité invariable avec laquelle, par une contradiction singulière, elles reviennent toujours à une même idée qu'elles ont imaginée tout d'abord et
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. à laquelle elles s'attachent, sans vouloir, comme on dit familièrement, en démordre.
f.v.< flccs (jui constituent, suivant l'expression si ingénieuse d'Esquirol, une sorte de catalepsie de l'intelligence, peuvent donnerlieu à différents accidents chez les hystériques : ainsi nous avons vu que certaines malades refusent toute alimentation, non pas seulement parce qu'elles ont perdu la sensation de la faim, mais aussi paire qu'elles s'imaginent que le travail digestif détermine des douleurs trop vives; une autre se condamne à un mutisme absolu, parce que l'exercice de la voix détermine, dit-elle, un peu de douleur, et elle reste ainsi muette pendant des mois; une troisième cmit remarquer que la marche et la station provoquent des sensations douloureuse-, et alors, pour les éviter, ellea résolu de ne plus marcher pendant une année; une hystérique tient les yeux fermés pendant des journées entières, laissant tomber ou contractant convulsivement ses voiles palpébraux, et se refusant absolument à les ouvrir. On pourraitciter un grand nombre de cas semblables où les hystériques se condamnent par parti pris, par obstination, par une sorte d'opiniàtrelé maladive, à ne plus manger, à ne plus marcher, à ne plus voir. Elles ont décidé ainsi, pendant des mois et même des années, de ne plus vivre de la vie commune, presque calmes et indifférentes au milieu des émotions ou des tristesses de leur entourage; celui-ci a beau prier, supplier, insister, l'excès d'insistance appelle l'excès de résistance. » (Lasègue.)
HYSTÉRIQUES ADULTES. j|.:
« C'est là une preuve d'une grande force de volonté, dira-t-on? Non, c'est de la force d'inertie, c'est plutôt une instabilité ou une perversion de la volonté. Les hystériques ne veulent pas aujourd'hui ce qu'elles voulaient hier, elles veulent ce qu'elles ne devraient pas vouloir, et si elles sont parfois capables de grandes énergies, elles ne savent pas montrer plus de suite dans leurs voli lions que dans leurs sentiments. Vous les voyez concevoir de grands projets, prendre de belles résolutions : elles vont travailler, elles travaillent déjà avec ardeur; sur votre conseil, elles abandonnent la lecture des romans qui les absorbait encore tout à l'heure, elles renoncent à leur vie contemplative, à leur manie si fréquente d'écrire et de composer des vers, elles se livrent à des travaux manuels, elles s'occupent de leur maison et reprennent au foyer domestique la place qu'elles avaient presque abandonnée, en un mot tout marche à souhait pendant plusieurs jours..., quand aussitôt s'éteint misérablement ce trop beau feu de paille, quand tout à coup s'écroule cet échafaudage trop fragile de grandes promesses. Le travail suppose un eiïovl persévérant de la volonté; elles sont bien pour un jour capables de cet effort, mais elles ne peuvent y persévérer; aussi ne sont-elles pas travailleuses, ei se plaisent-elles à vivre le plus communément dans une insouciante oisiveté. Elles reviennent bien vite à leurs anciennes habitudes, déclarant qu'elles ne peinent vivre ainsi, se disant bien malheureuses, et tout est et sera toujours à recommencer, parce que leur défaillante volonté fléchit sans cesse sous le joug plus
puissant de leurs petites comme de leurs grandes passions. (Huchard .)
L'hystérique n'est pas, comme on dit vulgairement, une personne facile à vivre, son commerce est rendu le plus souvent intolérable par l'esprit d'opposition, de contradiction, de controverse dont elle est sans cesse animée. Nous aurons occasion de revenir, à propos de l'hystérie dans le mariage, sur ce qu'une telle humeur, agressive et sans cesse en révolte, apporte d'éléments fâcheux dans les relations conjugales. Qui n'a entendu dans le monde des hystériques « provoquer autour d'elles l'étonnement et la stupéfaction par les thèses plus ou moins extraordinaires et paradoxales qu'elles soutiennent avec une assurance qui n'a d'égale que leur absence de conviction? » C'est qu'elles veulent à tout prix attirer l'attention sur elles; il leur faut de la mise en scène, des poses théâtrales, elles ont besoin de dramatiser leur vie à chaque minute, fùl-ce môme et surtout aux dépens de leur entourage que plonge sans cesse dans les plus vives inquiétudes leur état de délire malicieux (Daily).
Lettres anonymes destinées à semer la discorde, à ourdir les intrigues les plus compliquées, simulation de maladies, comédie du suicide, tout, leur est bon pour satisfaire leur incompréhensible besoin détromper. Rien n'égale leur amour du mensonge et de la simulation. Il semble que le mot de l'Ecriture * omnis homo mendax» ait visé surtout l'hystérique, a dit spirituellement M.Charcot: elle ment sansbut,sansraison,pour le plaisir; c'est, dans le mensonge, le culte de l'art pour l'art!