HYSTÉRIE GRAVE
des conditions données (vols dans Les grands magasins), sur lesquels nous appellerons l'attention dans la partie médico-légale de ce livre.
Mais l'hystérie a fait des progrès, le trouble cérébral est plus marqué ; le besoin de réclame et de tapage devient tellement impérieux que la malade ne recule pas devant les mensonges les plus ébonlés, les plus abominables calomnies. Elle se dit victime d'attentats, accuse avec une inconcevable audace, et sans hésitation, les personnes les plus recommandables et les plus innocentes, afliche des menaces de suicide, d'homicide même, ourdit avec une habileté étonnante les plus étranges complots, se livre aux plus infernales machinations. 11 faut qu'elle mente, qu'elle trompe, qu'elle compromette ceux qui vivent autour d'elle. A ce degré, l'hystérie constitue un danger réel, surtout si un médecin éclairé n'est pas là pour faire la lumière sur ces agissements et déjouer des mensonges auxquels se laissent trop souvent prendre les magistrats, peu habitués à observer ces étranges dépravations du caractère et de l'intelligence.
Je viens de montrer l'hystérique sous de mauvais as pects, l'hystérique menteuse, calomniatrice, trompant ceux qui l'entourent, cherchant à nuire ety réussissant trop souvent. Je dois, pour être complet, la présenter maintenant sous d'autres dehors. A côté de l'hystérique dangereuse, perverse, qui, par ses fausses accusations, amène trop fréquemment proches, amis ou voisins sur les bancs de la police correctionnelle et finit quelquefois, nous en avons eu des exemples, par y échouer
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elle-même, il y a l'hystérique inoffensive, non moins
malade, non moins profondément atteinte dans ses facultés cérébrales, mais chez laquelle le dérangement intellectuel prend une tournure particulière. Celle-ci, au lieu de la frapper, comme l'autre, d'une pénalité souvent excessive, à l'abri de laquelle son étrange état mental devrait la placer, on la canonise. Au lieu de l'envoyer en prison, on lui confère l'auréole. Erreur dans les deux cas : la seconde n'est, hélas! pas plus une sainte que la première n'est une criminelle vulgaire.
La piété exagérée, la dévotion sans bornes aboutissant finalement à L'extase, constituent l'une des modalités les plus intéressantes de l'état mental de certaines hystériques. 11 s'agit ici le plus souvent de l'hystérie grave, grave au inoins par le degré très prononcé des désordres psychiques, qui avoisinent de bien près la folie, dont j'aurai à parler tout à l'heure. A la vérité, les troubles psychiques dans l'hystérie revêtent assez rarement aujourd'hui la forme à laquelle je fais allusion, mais on les a vus fréquemment prendre la direction dont je parle, aux époques où les idées religieuses dominaient puissamment, les pensées.
Bien des Saintes et des Bienheureuses n'étaient autre chose que de simples hystériques! Qu'on relise les détails de la vie d'Elisabeth, de Hongrie, en 1207; de sainte Gertrude, de sainte Brigitte, de sainte Catherine de Sienne, en 1347 ; de Jeanne d'Arc, de sainte Thérèse, de madame de Chantai, en 1752; de la célèbre Marie Alacoque, et de tant d'autres : on se convaincra aisément de cite vérité.