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LES CIRCONSTANCES CLINIQUES DE L’ICTÈRE PHÉNYLQUINOLÉIQUE

a) L’ictère consécutif à la cholécystographie

Les dérivés de la phénylquinoléine s’éliminant en majeure partie par les voies biliaires, Pribram a proposé, en 1926, de les employer sous la forme de diiodophénylquinoléine carboxylée ou biloptine, substance dont le poids moléculaire est très élevé, pour rendre la vésicule biliaire opaque aux rayons X.

Ce procédé a joui d’une certaine faveur en Autriche

(Hitzenberger, Schwarz, Haudek), et en Allemagne, où

nous voyons Kingreen (observ. IX) donner 5 gr. (c’est la dose habituelle) de biloptine à une jeune femme souffrant de coliques vésiculaires typiques. La radiographie ayant montré un remplissage incomplet de la vésicule biliaire, un chirurgien conclut à un hydrocholécyste et pratiqua l'intervention. Il trouva, en effet, des calculs dans la vésicule, mais, le lendemain, l'opérée faisait un ictère, et l'entourage ne manquait pas d’incriminer la

biloptine.

b) L'ictère consécutif au traitement de la goutte

et des douleurs rhumatismales

La cholécystographie est loin de représenter la plus importante application des produits quinoléiques. Leur principale utilisation en pratique concerne la cure de la diathèse goutteuse. C’est à cette dernière que se rapportent le plus grand nombre des cas d’ictère publiés. C’est, en effet, durant ce traitement que la phénylquinoléine est prescrite aux plus fortes doses et durant le laps de temps le plus prolongé. A la vérité, les doses et la durée du traitement sont très variables suivant les observations, mais, d’une façon générale, on peut dire que l’on a donné au minimum un gramme ou 1 gr. 50 par jour de phénylquinoléine pendant deux semaines, un mois, et même beaucoup plus, exceptionnellement une ou plu-

sieurs années.

Evo

Il n’en est pas toujours ainsi. Worster Drought, qui a publié la première observation (obs. 1) d’ictère quinoléique, raconte avoir prescrit à un goutteux de 59 ans 1 gr. 50 de phénylquinoléine par jour pendant quatre jours seulement. Il suffit de 6 gr. 50 de ce médicament pour qu’un ictère bénin, précédé d’urticaire et de troubles digestifs divers, fasse son apparition.

Dans la deuxième observation de Lowenthal, Mackay et Lowe (obs. XXV), concernant un ictère mortel survenu quinze jours après la fin du traitement, il s'agissait d’une femme de 55 ans qui avait pris en un peu plus d’un mois une dose totale de 36 grammes de phénylquinoléine pour des douleurs de névrite.

Par contre, la malade de Wells (obs. XXII), une femme de 63 ans qui présenta, elle aussi, un ictère mortel, absorba une dose beaucoup plus forte : 1 gr. 50 de phénylquinoléine par jour pendant cinq mois, sans interruption et sans surveillance médicale.

La dose de phénylquinoléine atteignit 1.160 grammes en 16 mois, soit plus de 2 grammes par jour, dans la troisième observation de Rabinowitz (obs. XXXIX) qui intéresse un homme de 45 ans souffrant de douleurs mal

définies, et qui mourut, lui aussi, d’un ictère.

c) L'ictère consécutil au traitement du rhumatisme

articulaire aigu

La phényiquinoléine doit à son action antithermique,

et peut-être aussi, d’après certains auteurs, à son rôle

anli-infectieux spécifique, d’avoir été utilisée dans la cure du rhumatisme articulaire aigu, où elle a été souvent associée au salicylate de soude.

Trois ictères bénins ont été mis sur son compte dans ces conditions : ce sont le 1* cas de Klinkert (obs. IL), le 1 cas de Dassen (obs. XIII), où les dérivés quinoléiques ont été prescrits avec le salicylate de soude, et le 2° cas de Vajda (obs. XVI), où la phénylquinoléine carboxylée a été employée isolément.

Chez aucun de ces malades la dose n’excéda un gram-

me par jour pendant trois mois.

d) La cholérèse provoquée dans le traitement

des ictères catarrhaux simples

Les travaux de Brugsch et Horsters ayant montré le remarquable pouvoir cholérétique de l’acide phénylquinoléine carboxylique, il était logique d'utiliser cette médication dans le traitement des ictères catarrhaux simples. Nous avons vu que Grünenberg et Ullmann s'étaient montrés fort enthousiastes de ses résultats. Presser déclare avoir employé de fortes doses sans aucun incident.

Et, de fait, il est fort curieux de constater que l’on n’a guère publié de cas mortels après avoir traité les ictères par les dérivés quinoléiques.

Nous ne pouvons citer que le malade de Nathorf et

Willert (obs. XXIIT) qui présenta une atrophie jaune aiguë du foie à la fin d’un-ictère catarrhal traité par l’icterosan (phénylquinoléine et sels biliaires). Ce médicament en était-il responsable ? N'était-ce pas là la destinée de cet ictère ? On pourrait rappeler ici la phrase célèbre de Trousseau : « Nous savons comment un ictère commence, mais nous ne savons jamais comment il finit ».

Une observation de Dassen (obs. XIV) mérite à peine d’être notée : un ictère dû à une hépatite mercurielle parut aggravé par une injection intra-veineuse de phénylquinoléine carboxylate de soude associé au salicylate de soude. La guérison se produisit fort heureusement.

Durant notre année d’externat dans le service de M. Chabrol nous avons vu traiter plusieurs ictères catarrhaux par la phénylquinoléine. Tous se terminèrent favorablement dans un délai variable. Il est vrai que la médication était administrée prudemment par voie buccale, à la dose de 1 gramme par jour et par intermit-

tences. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.

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