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J. LE PROBLEME COLONIAL AVANT LES PHYSIOCRATES

Ex natura jus, ordo et leges, eg homine arbitrium, regimen et cærcitio.

(QuEsxAY).

Les problèmes politiques et sociaux sont l’objet d'une étude attentive au cours du xvni° siècle. Montesquieu, Voltaire et Rousseau ont été les auteurs qui se sont particulièrement occupés de ces questions. Le rnouvemént colonial a profité de ce progrès des esprits : Il apparaît soigneusement étudié pat les penseurs dé l’époque. Le milieu était fa- Vorable aux études coloniales. Le xvnr° siècle tente de s'affranchir des traditions de la pensée classique, il est très porté vers le fait dont l’exotisme est une manifestation. Les jésuites, en particulier, ne ménagent pas leurs louanges à la Chine dont ils vantént les richesses naturelles et l'organisation sociale.

Des romans, comme « Paul et Virginie », de Bernardin de Saint-Pierre, et « Manon Lescaut », de

etS

l'abbé Prévost, auront une grande influence pour populariser la colonisation de la Louisiane et les paysages de l’île de France : De leurs écrits se dégage l’idée de l’excellence des terres exotiques. L'Encyclopédie parle longuement des productions d'outre-mer.

Dans ia réaction de l'esprit du siècle contre l'esprit classique, rejetant l’empirisme au profit d’une dialectique essentiellement rationnelle, l’exotisme sera une arme pour Montesquieu et Voltaire, il servira de pivot à leurs études sociologiques basées sur l'observation des faits, substituée à la déduction de principes abstraits et intangibles.

À côté des gens de lettres, les Economistes vont se préoccuper du problème colonial. Le Commerce colonial est victime de la protection que lui impose la métropole. Son privilège exclusif paraît néfaste aux intérêts de l'Etat.

La Compagnie des Indes, après des velléités de prospérité, va tomber par la faute de ceux qui avaient pour mission de veiller sur elle.

La publicité coloniale est très étendue à cette époque, on peut ranger la question coloniale parmi celles qui passionnent le siècle : Les esprits sont portés vers le problème de l'esclavage ; le commerce colonial, l'histoire de la Compagnie des Indes suscitent de nombreuses polémiques. La doctrine, qui a longtemps prévalu, est celle du pacte colonial : les colonies ne peuvent commercer qu'avec la métropole, sont subjuguées par elle. Les colonies n’ont

sal Mo

pas le droit de protester contre cette tutelle de la mère-patrie, car c'est elle qui défend les colonies, les protège contre l'ennemi.

L'Encyclopédie, qui résume sur ce point l'opinion de l’époque, soutient le même point de vue.

Il y a opposition nette d'intérêts entre les colons, qui souhaiteraient la liberté du commerce, et les commerçants de la métropole qui se font les champions du pacte et cherchent aux colonies une source d’enrichissement rapide.

Si l’on examine les mémoires adressés aux ministres par les chambres de commerce, on y voit l'exposé de la même thèse. Il peut paraître paradoxal de voir les commerçants de la métropole soutenir énergiquement le principe de la liberté du Commerce intérieur et, d’un autre côté, faire l'apologie de l « exclusivisme colonial ».

Si l’on étudie le processus des théories coloniales physiocratiques, on peut constater que logiques avec leurs principes, les philosophes vont se faire les champions de la liberté commerciale pour les colonies et pour la métropole : Ils voulaient, non seulement la suppression des compagnies à monopole, mais encore la liberté du commerce pour les Français et pour les étrangers. La concurrence internationale devait être pour eux le stimulant d'une exploitation rationnelle et intensive des pays exotiques.

Le mouvement des colons contre la métropole faisait présager des aspirations nouvelles chez les Français établis aux colonies et qui ne voulaient pas

être toujours brimés par la « tyrannie de la métropole ».

Une séparation définitive dés colonies, un mouvement d'indépendance pouvait apparaître comine le but plus ou moins lointain de l'évolution coloniale. C'est à cette époque que l'Angleterre voit sa siluation compromise en Amérique septentrionale. Pourtant, d'après Adam Smith, la politique coloniale anglaise était la plus libérale de son temps. Néanmoins en 1776, les colonies anglaises deviendront indépendantes.

Les physiocrates vont réclamer pour les colonies là plus grande autonomie possible, ils n'’admettront jamais les rigueurs du pacte.

Un autre grand problème passionnait les esprits, c'était celui de l'esclavage. Montesquieu attaquait d'une façon pressante les apologistes de l'esclavage. Les colons eux-mêmes, ne voyant que les avantages de la main-d'œuvre servile pour les travaux des colonies, toléraient cel état de choses et ne protesaient pas. Lés physiocrates vont stigmatiser le régime de l'esclavage dans des diatribes enflammées, au nom de la dignité humaine et surtout dans l'intérêt de la culture, car ils prouveront que le travail servile est moins productif que celui de l'homme libre.

Les Economistes demanderont « la mise en valeur intensive des colonies », ils souhaiteront le développettient simullané de la culture en France et aux colonies. Ils ne feront pas de différence entre la culture principale de la métropole et la « culture

accessoire » des terres d'outre-mer. L'idée que la colonisation est un « défrichement » sera le « substratum » de leur doctrine.

La politique coloniale de Vancien régime était fondée sur l’égoïisme national ; les Economistes souhaiteront de la voir dirigée par les principes de « l’ordre naturel » et de la justice. La justice veut que la mer soit libre, qu'il y ait la liberté commiercialé, que les colons et les commerçants aient les mêmes droits.

Examinant la contexture économique de leur époque, les physiocrates comprenaient que des liens « d'interdépendance » doivent fatalement exister entre la métropole et les colonies. Is prônaient la liberté des relations commerciales. Rejetant lé principe qui admet que la colonie doit être l'instrument de la richesse de la métropole, voyant ie problème dans loute sa complexité, ils voulurent que métropole et colonies aient une prospérité parallèle.

On a accusé les Physiocrates d'être des doctrinaires et d’avoir traité le problème colonial en se confinant dans lé domaine spéculatif. Une étude attentive de la question nous à permis de voir le caractère relatif de leur dogmatisme qui tient compte des contingences économiques et n’est pas seulement guidé par l'idéologie. Après avoir analysé les diver-” ses phases de la colonisation, les Physiocrates ont été les premiers à en présenter une synthèse. — D'ailleurs Lemercier, Poivre, le baïilli de Mirabeau, gouverneurs des Colonies, avaient pu étudier de près l’administration coloniale. Ayant supputé des

besoins des colonies, ils s’adressèrent à l'étranger et transgressèrent les lois du pacte colonial : ils renseignèrent ainsi les autres membres de l'Ecole physiocratique,

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