‹ Les Idées Coloniales des PhysiocratesChapitre 15 sur 34 · FORT · texte numérisé non relu

FORT

« On ne peut donc envisager les Compagnies régnicoles privilégiées que comme des troupes en-. nemies ce. Ja nation. » (60)

Pour Mirabeau « le métier de commerce » n'est pas une richesse pour les nations qui possèdent des biens fonds : H n’est pour elles qu'un objet de cépense, qu'elles doivent supprimer autant qu'il est possible. par la facilité des débouchés et par la plus grande concurrence possible des marchands, tant régmicoles qu'étrangers, qui exercent le coimmerce rural et le commerce en gros d'exportatton, par Fa suppression de Ha surabondance des marchands, en détait.

Mirabeau admet aux colonies, comme Dupont, le commerce libre pour tous les négociants français et étrangers et ik conctut : « Ce n’est qu'ainsi que lon peut se procurer de Fépargne sur les frais du Commerce. »

Adam Smith. — Tout en critiquant les mauvais effets du monopole des compagnies privilégiées, Smith admet qu'elles sont nécessaires pour ke commerce ces petits pays.

Dans kes pays pauvres, les compagnies attirent naturellement vers ke commerce plus de capital qu'il ne s'en serait porté sans cela ; dans kes pays riches au contraire, elles repoussent de ce commerce une bonne partie du capital qui s'y rendrait sans elles.

Des pays tels que la Suède, le Danemark, auraient 616 incapables, sans les Compagnies privilé-

(60) Mirabeau (philosophie rurale) 1763 in-4°. p. 384.

giées, de se livrer au commerce colonial et jamais un seul bateau n aurait été armé. Lorsque une compagnie privilégiée est créée, c’est un stimulant pour les entreprises maritimes : elles sont protégées par le monopole contre la concurrence étrangère :

.« Sans un encouragement extraordinaire comme celui- là, les pauvres commerçants de ces petits pays n'auraient vraisemblablement Jamais songé à hasarder leurs “petits capitaux dans une spéculation aussi incertaine et aussi éloignée qu'aurait dû leur paraître naturellement le Commerce des Indes Orientales. » °°! !- pe

© Si Smith reconnaît les avantages des comF'agnies privilégiées pour les petits'pays, il'estimée que la liberté du: commerce convient seule aux grands Etats : | à Un pays riche comme la Hollande dans le cas d’une liberté du commerce aux Indes orientales y aurait probablement envoyé un plus g grand nombre de vaisseaux qu'il ne le fait actuellement. »

Dans sa critique de l'exclusivisme colonial, Smith invoque un ar gument que nous ne trouvons que chez lui : 10 est celui de la distribution naturelle du capital. Le monopole du comnierce des colonies

} concurrence dés autres pays, de ce fait le

exclut la taux du profs hausse. Les monopoleurs cherchent dans le comiméréé une part plus iniportante que Gé que léur donnerait le trafic'libré ; autrèment Te’ mo: nôpole n'aurait pas de raison d’être institué ; les capitaux sont immobilisés dans un commerce lointain.

Tout ce qui entraîne dans une branche du com-

ro

merce, dont les retours sont plus tardifs et plus éloignés.que ceux de la plupart des autres branches une plus forte portion du capital d’un pays que celle qui s'y serait portée d'elle-même, fait nécessairement que la somme totale du travail productif annuellement tenue en activité dans ce pays, que la masse totale du produit annuel des terres et du travail de ce pays seront moindres qu'elles n'eussent été sans cela. » (61).

Avec le monopole, le capital ne peut entretenir une quantité aussi importante de travail : le taux des profits hausse et de ce fait le monopole nuit aux intérêts de l’agriculture.

Tout ce qui fait hausser le taux des profits du commerce enlève des capitaux qui se seraient portés vers l’agriculture.

Or en décourageant l'activité de ceux qui amélioreraient la culture des terres, le monopole retarde nécessairement l'accroissement naturel d'une grande source primitive de revenus, la rente de la terre.

Les intérêts des agriculteurs sont lésés de deux façons: la rente ne s'accroît pas comme ils le désireraient ; l'accroissement du prix relatif de la terre est retardé.

Ainsi, avec le monopole, les intérêts de l'agri-

culture sont sacrifiés à ceux des commerçants.

Smith reconnaît que les effets naturels du com-

(61) Smith. Richesse des nations. J. Garnier, 1843. p. 26».

merce des colonies ont surmonté les mauvais effets du monopole en Grande-Bretagne. (62)

L'effet du monopole n’a pas été d'augmenter la quantité, mais de changer la forme et la qualité d'uné partie des ouvrages des manufactures de la Grande-Bretagne et d’approprier à un marché, dent les retours sont éloignés et tardifs, ce qui eût été approprié à un marché dont les retours sont fréquents et rapprochés. Adam Smith est partisan de la liberté entière du commerce, toutefois il reconnaît que le monopole est nécessaire pour les petits peuples qui seraient dans l'impossibilité de commercer autrement. Lorsqu'un peuple n’est pas encore apte à trafiquer, il peut se servir de Compagnies ou laisser à d’autres le soin de commercer dans lInde. Mais lorsque une nation est müre pour le commerce, elle a toujours assez de négociants pour entreprendre librement le commerce de l'Inde. La critique du monopole chez Smith se ramène à ses théories sur les variations de la rente et montre nettement qu'il s'était rallié aux idées des Economis-

tes. (63)

(62) Adam Smith a iprésenté le problème colonial d’une façon complète : D'après les idées émises dans le chapitre « Colonies », on peut le considérer comme un peu physiocrate. p. 262.

(63) L'exemple du commerce colonial est un point particulier de la théorie de Smith qui fait dépendre le taux des profits du capital et de l'étendue du champ ouvert à son emploi. Nous partageons le point de vue de Mae Culloch qui note dans sa critique de l'ouvrage de Smith comme condition de l'accroissement du profit la productivité des entreprises : en réalité la colonisation était encore à ses débuts, et seules Jes meilleures ‘terres étaient cultivées.

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L'abbé Morellet. — L'abbé Morellet, dans sa conception du commerce colonial, se rapproche des idées émises par Gournay : d’ ailleurs il joig gnit à son livre sur la Compagnie des Indes, le mémoire écrit par Gournay treize ans auparavant.

Morellet ne réclame pas une liberté absolue LL combat le privilè ge que possède la Compagnie des Indes de Commercer avec. l’extrème Orient et qui fermail nos possessions de l'Océan Indien aux particuliers, dont, l'exploitation aurait été plus ‘intensive que celle de celte société. Mais Morellet ne re- vendiquait cette liberté que pour les nationaux : il voulait que L'Etat cessât de soutenir la Compagnie des lndes. Les projets de Morellet ne sont « cqu une

mise en Œuvre » plutôt timide des principes phy siOcratiques, car Morellet restait néanmoins protection-

nisie.

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