La question de l'émancipation des colonies
Turgot. — Turgot ne mettait pas en doute le détachement prochain de nos colonies « qu ‘il faudyait regarder non plus comme des provinces asservies, mas comme des Etats anis el protégés, mais étrangers et séparés. Voilà où les nations européennes qui ont dés colonies arriveront tôt ou tard de gré où de force. » Il pensait que les Anglo- Saxons, pour s s'assurer la liberté du commerce dans les deux Amériques, seraient obligés de devenir guerriers « non pour conquérir des colonies, s'ils conservent
quelque. sagesse, mais pour les aider à s'affranchir, (64) ».
Ainsi on appréciera la valeur exacte des colonies appelées colonies de. Commerce, les nations eu- ‘ropéennes croyaient s'approprier toute la richesse en se réservant de leur vendre. et de leur acheter tout exclusivement,
Adam Smith arrive aux mêmes conclusions que Eurgot ; L'émancipation d'une colonie, de la tutelle de la métropole, est pour lui la conséquence naturefle, de son développement, car les efforts que l’on fait pour retenir dans Fobéissance, pour affermir les liens virtuelkement rompus par la divergence d’intérêts, ne feront que contribuer à rendre, la séparation nécessaire.
« Proposer que là Grande-Bretagne abandonne volontairement toute autorité sur ses colonies, qu’eke les laisse ékre leurs magistrats, se donner des lois et faire la paix et la guerre comme elles le jugeront à propos, ce serait proposer une mesure qui n'a jamais gl ne sera jamais adoptée par aucune nation du monde ; jamais une nation n'a abandonné volentairement Fempire d’une province quelque embarras qu'elle püt trouver à la gouverner et quelque faible revenu que rapportât celte province proportionnellement aux dépenses qu’elle entraînait. »
L'Etat qui abandonnerait ses colonies se trouverait déchargé de leur entretien ; Des traités de commerce pourraient être conclus. Le trafic présen-
(64) Turgot (lettre au roi), Edit. Paire. p. 959.
terait moins d'avantages pour les marchands, mais de très sérieux pour les consommateurs.
Peut-être que la séparation contribuerait à réveiller les sentiments d'affection naturelle que es colonies ont pour leur mère-patrie.
L' « Ami des hommes » prévoit lui aussi que le Nouveau Monde secouera le joug de l’ancien. Toutefois il conseille de rendre le joug si doux qu'il soit recherché comme protection et non redouté comme oppression.
Ainsi les colonies pourraient rester longtemps sous la tutelle de leur mère-patrie.
Quesnay, au contraire, n’envisage nullement la question de l'indépendance des Colonies :
I les considère comme appartenant « sol et fruits » aux hommes qui l'habitent ; ceux-ci paient à l'Etat, dont ils dépendent, une contribution proportionnelle à la valeur des terres de sorte que la situation de ces colonies ressemble à celle d'une province.
C'est pour cela que Quesnay voulait que l’on accordât aux colonies le bénéfice du régime libéral :
« Les terme de colonies et de métropole ne peuvent donc être employés dans une monarchie, que pour désigner les différentes parties du territoire soumis à la domination du souverain. »
Letrosne envisageant les rapports qui doivent exister entre la métropole et les colonies pense qu'ils devaient être ceux, d’une partie au tout, d’une province à un Empire.
Toute la politique coloniale de Letrosne est ba-
sée sur ce principe « qu'il est difficile que ce qu est nuisible à une province soit avantageux à l’Empire »: chez lui nulle crainte de séparatisme : Il n'envisage pas la question de l'indépendance des é60olonies, car il espère que par une politique libérale la métropole saura faire des colonies les plus sûres
de ses provinces.