‹ Les Idées Coloniales des PhysiocratesChapitre 30 sur 34 · LETTRE DE POIVRE A M. LE DUC DE PRASLIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE POIVRE A M. LE DUC DE PRASLIN

Le 15 janvier 1768.

Monseigneur,

La flotte du roi est arrivée hier, nous avons reçu l'honneur de vos dépêches, vous m'annoncez par votre lettre du 8 juillet 1767 que sur les avis que vous avez reçus par différentes personnes revenues en dernier lieu de ces isles, vous vous déterminez à ne faire aucune envoy en comestibles pour le service de cette année.

Permettez-moi de vous dire Monseigneur que vous avez été trompé. Vous verrez par le compte que je vous ai rendu que le produit de la culture dans cette isle de France était comme nul à notre arrivée :

vous verrez sur le même compte qu'il s’en faut de beaucoup que la traite de Madagascar produise la quantité de bœufs qu’on vous a annoncée.

Vous verrez, Monseigneur, par le produit de trois voyages que la Garonne a fait à Fort Dauphin, combien peu de vivres cette flotte nous a apporté ; Je vous prie d'observer que ces voyages faits avec très peu de temps, ne sont pas des voyages ordinaires, qu'il a fallu en même temps être favorisés par le vent, comme cette flotte l’a été pour qu’elle eût pu faire ainsi trois voyages.

Je vous prie d'observer encore que l’objet principal des flottes est moins d'apporter des bœufs propres à fournir ja subsistance journalière qu'à apporter des jeunes bêtes propres à la multiplication, que le grand objet que vous m'avez recommandé est de mettre cette isle de France dans le cas de pouvoir tirer de son propre fond toutes les ressources dont elle pourrait avoir besoin un jour si la guerre venait à se déclarer.

Pendant les premières années ma principale attention sera d'établir dans cette isle une grande culture de denrées nourricières, et une grande quantité de troupeaux, uniquement destinés à la multiplication pour que dans les temps meilleurs nous trouvions sous notre main toutes les ressources nécessaires pour approvisionner avec abondance les troupes d’esclaves que vous nous enverrez, sans être réduit à aller chercher notre subsistance au dehors.

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