AE
leurs cargaisons à la côte de Coromandel et à Bengale, ils y prendraient d'autres chargements qui - leur seraient payés en argent effectif soit aux isles Philippines soit à Yeda dans la mer Rouge ou à Bassora dans le golfe Persique.
Par la suite de toutes ces opérations pour lesquelles je leur donnerai toutes les connaissances nécessaires, nos armateur particuliers seraient dans le cas de rapporter ici des sommes considérables en espèces réelles qui leur donneraient de grande facilités pour de plus grandes entreprises et il en résulterait un avantage très grand pour ces colonies
Les armateurs devenus un peu pécunieux construiraient ici de grands magasins qu'il leur serait facile par la suite de pourvoir abondamment en toutes sortes de marchandises de l'Asie. Alors les vaisseaux . qui nous viendraient de France trouveraient ici sans aller plus loin de quoi s’assortir en marchandises de l'Inde, ils épargneraient des frais et des risques de voyage considérables, ils seraient toujours assurés de doubler le cap de Bonne-Epérance dans la belle saison et notre commerce national avec l'Asie deviendrait à tous égards beaucoup plus facile par la médiation de l’isle de France qui en serait l’entrepôt. Fe
Cette isle étant très saine et les voyages étant moins longs, l'Etat perdrait beaucoup moins de matelots. Les équipages de tous les bâtiments qui resteraient ici pour y prendre leurs cargaisons y consommeraient nos denrées dont l’abondance et le superflu ne tarderont pas à nous être à charge, avec.
ER er ere
un nombre suffisant de consommateurs. L'agriculture de cette colonie prendrait une nouvelle vigueur, les productions se multiplieraient et l’activité du commerce donnerait une nouvelle vie à ces deux colonies.
Vous avez vu, Monseigneur, par une de mes lettres précédentes que dès l’année dernière, un seul armateur associé avec des négociants de Bengale, a fait venir ici une cargaison de près de 8oo mille livres.
Depuis ce temps, il nous est arrivé beaucoup de marchandises de la côte de Coromandel par le vaisseau l’Adour et nous attendons encore un vaisseau particulier de Bengale avec une riche cargaison. Tous ces armements trouveront certainement ici beaucoup de perte parce que la colonie n'est pas encore montée ; mais ces entrepôts, quoique ruineux pour ceux qui les font dans ce moment, vous annoncent la possibilité de former ici un entrepôt considérable.
Il est certain que si dans le moment présent nous avions ici de vastes magasins, si nous étions asurés qu'il nous vint de France des vaisseaux pour prendre des chargements en marchandises de l'Inde, les armateurs particuliers seraient dans le cas de nous préparer ici des cargaisons pour plusieurs millions à ces bâliments de France.
Les Anglais qui possèdent des richesses immenses dans le Bengale et qui ne savent comment faire passer leurs fonds en Angleterre fourniraient euxmêmes de riches cargaisons à un intérêt maritime
très modique, et nos armateurs n'auraient d'autre dépense à faire que celle de l’armement de leurs vaisseaux pour aller recevoir de la main des Anglais les chargements qu'ils rapporteraient et qui leur procureraient un fret bien capable de les dédommager, nos armateurs chargeraient de leur côté quelques bênes et par de petits profils accumulés, ils parviendraient bientôt à faire des chargements pour leur compte.
Alors la colonie serait seéfvié dans toute sa force surtout si Comme nous avons lieu de lespérer; sün sol produisait un objet de richesse tel que celui que je m'occupe dé lui procurer ; alors l'Etat serait amplement dédommagé de ses dépenses telles qu'elles puissent être, alors nous n'aurions plus à nous oceufer que de la conservation et l’isle elle-même en fournit tous les movens.
Voilà, Monseigneur, ma perspective bien conforme à vos vues sur ces colonies, toutes mes connaissances me la font regarder comme possible et très bien fondée. Vous parviendrés certainement à rendre l'isle de France lentrepôt général de notre commerce en Asie, Si vous envoyés iei les fonds nécessaires pour létablir solidement et sans perte de tems. Si pour l'exécution de vos grandes vues vous employés les grands moyens qu'elles exigent. Mais je vous prie d'observer que les moyens même les plus grands que vous pourries nous faire passer deviendraient inutiles si vous laissiés ces colonies sous le despotisme aveugle d'un commandant sans vues et sans principes tel que celui. que nous avons au-
SOU nee
jourd'hui. Je voudrais au moins que le commandant quel qu'il soit, s’il n’a pas les connaissances nécessaires s’il n’a pas les principes et les vues que vou pourriés désirer, je voudrais, dis-je, que ce fut au moins un homme honnête et désintéressé qui ne s’opposât pas à mes opérations et qui me laissât avancer vers l'exécution de votre plan.
Je suis avec respect,
Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,
Poivre.