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Noé : le besoin d'étendre la race aurait amené la scission dès la mort du patriarche ;
puis les colonies antiques, en particulier grecques, ne devant pas leur origine à la culture, mais à la guerre et à la politique ;
les colonies des Empires, ce sont les colonies d'Alexandrie ; néanmoins, on distingue les colonies helléniques de celles de l'Empire romain, qui étaient impérialistes ;
les colonies que fondent les barbares chez les
civilisés, (on considère les invasions des Goths comme une colonisation).
Smith dans son livre la « Richesse des Nations », s'occupe avec grand soin de la question de l’établissement des colonies. Il y consacre un long chapitre plein de détails et fort intéressant. Il fait l’historique de chaque espèce de colonies. (grecque, romaine).
Etudiant la situation de l’ancienne Grèce, il montre les raisons qui obligèrent les Grecs, en surnombre dans leur petit territoire, à s'expatrier. Les nalions guerrières, qui entouraient la Grèce, ne permeltaient pas à l'excédent de la population de se diviser dans les régions qui avoisinaient le pays : ses immigrants se rendaient principalement en Italie, Il y avait bien des liens de reconnaissance et de respect entre la métropole et les colonies, « mais ces dernières établissaient la forme de leur gouvernement, choisissaient leurs magistrats et faisaient la paix et la guerre avec leurs voisins ».
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Smith montre la différence qui existe entre la conception grecque et romaine de la colonisation : À - Rome, les terres avaient été partagées entre les citoyens romains : Aussi faisait-on cultiver les terres par les esclaves et les citoyens qui ne possédaient pas de terre étaient contraints à s’expatrier. Rome assignait aux habitants dépourvus de propriétés des terres dans les provinces conquises, qui d’ailleurs n'étaient pas libres, mais sujettes à une tutelle étroite de la part de la métropole.
Aussi Smith disait qu'une colonie romaine était absolument différente d’une colonie grecque. Alors que les colonies grecques se contentaient de trafiquer avec la métropole et les peuples voisins, les colons romains cherchaient surtout à défricher leurs terres : le mot latin colonia vient de colere qui signifie cultiver, le terme grec se rapportant à colonie veut dire séparation.
Les Physiocrates, les premiers, ont étudié les diverses phases de la colonisation et en ont présenté une synthèse. Etudiant la colonisation antique, ils ont montré son libéralisme, puisque les colonies de Tyr et de la Grèce gardaient une demi-indépendance. Ils approuvaient chez les Romains le souci constant de défricher des terres nouvelles.
Les idées du Marquis de Mirabeau. d'Adam Smith, sur ce point seront adoptées par l'Encyclopédie et par la plupart des « honnêtes gens » du xvrrr siècle. Les Physiocrates déplorent que les peuples modernes n'aient pas suivi les conseils de l’histoire : ils sont guidés par le malheureux « intérêt exclu-
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gif ». C’est la raison pour laquelle les colonies n'ont pas la prospérité qu'elles pourraient avoir ; l'esprit de domination préside aux relations entre la métropole et les colonies.
>. Les buts de la Colonisation
Quel était le but de la Colonisation à l'époque où écrivaient les Physiocrates ?
Les compagnies à charte de l'Ancien régime avaient un double but dans leurs entreprises :
Propager la religion catholique, assurer Ja prospérité de la métropolé en l'enrichissant. C'est surtout la Colonisation espagnole qui se consacre à la propagation de la foi. Les compagnies doivent entretenir les prêtres en nombre déterminé et la religion catholique va s'implanter définitivement dans le Nouveau Monde. Le but politique de la colonisationi était l'augmentation des richesses de la mère-patrie : Car les colonies devaient fournir des épices et de l'or. Le pacte colonial, alors en vigueur, restreignait le commerce de la métropole avec les colonies ët paralysait l'activité du pays.
Quelle va être l'attitude des Physiocrates à
[Ss vont critiquer la conception coloniale de l'Ancien Régime : D'après eux, le système est franchémenht mauvais : On doit entretenir entre la mèrepatrie et les colonies des relations basées sur l'intérêt commun : les colonies modernes, comme celles des Gréts, ne doivent pas être des forteresses mais doivent fournir un territoire nouveau pour la po-
pülation trop nombreuse de la métropole. On ne doit pas laisser les colonies isolées : Mais surtout, il ést nécéssaire que le sol des colotiies soit exploité et qué ces dernières entretiennent une population nombretise ét prospère. Les Economistes Considèrent les colünies cote de simples provincés de la métropole : ils dernandent naturellement pour elles la faculté de s’äpprovisionner en objets manufacturés, où bon leur séinble.
& Gé sont des établissements de fondation récénite ét il leur est presque nécessairé d'acheter les denrées qui leur manquent au teilleur marché, afin dé grossir letür capital agricole » (8).
Queshay élüdie les différents büts qui peuvent présider à l'établissement des colonies : Il montre que suivant les époques, les idéés ont considérablement varié à ce sujet. Les uns ont envisagé l'avantase d'étendre la domination du souveraih, d'autres y äüroht vu celui d'accroître la puissance du corps politique par le coficours des forces d’üñie province nouvelle : D'autres eñtore auront Considéré la nécessité qu'il ÿ à de cotistruire des ports, dans les mers éloignées, offrant uñ asile à la marine militaire de la nation. Beaucoup d'Européens voient dans la €olonisation un moyen d'assurer 14 Consomtnation et les débouchés des produits de la métropole.
Après avoir énuméré les divers mobiles capables de stimuler la colonisation, Quesriay exprime son opinion personnelle : « Le véritable but de la co-
(8) Mirabeau, « Philosophie rurale », 1763, in-4°, p. 356.
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lonisation, c’est le plus grand bien de la patrie ». (g) Alors que les puissances qui colonisaiént ne voyaient que leur intérêt propre, guidées par l’égoïsme le plus étroit, les Physiocrates voulaient que l'esprit de justice présidât aux destinées désormais jointes des colonies et de la métropole. Lorsque Quesnay affirme qu'il faut rechercher le plus grand bien de la mère-patrie, il considère les Colonies comme des provinces faisant partie intégrale de la métropole.
Mirabeau montrait la mauvaise conception de la colonisation des peuples Européens ; leur esprit de domination qui tend à les maintenir sous un joug étroit. D'après « l’Ami des hommes », il y aurait un excellent moyen d'établir la prospérité dans les colonies et de multiplier la population : « Ce serait de rendre ce joug si doux qu'il serait recherché comme protection et non redouté comme oppression ».
Mirabeau attaquait souvent le régime colonial en vigueur, car son but était de comprimer l’extension économique des colonies qui deviennent les tributaires forcés de la mère-patrie.
« L'esprit de commerce est de vouloir tout pour soi et rien pour les autres et de regarder les colonies comme les fermes du royaume » (10). C’est une définition exacte du mercantilisme que nous trouvons chez Mirabeau.
Les physiocrates se sont étendus longuement sur les buts de la colonisation mercantile, ils don-
(9) Quesnay. « Remarques sur l'opinion de l’auteur de l'Esprit des Lois », Edit. Oncken, 1888. p. 425. (to) Mirabeau (l'Ami des hommes) 1758 in-4°, p. 539.
nent bien moins de développements à leur propre conception de la colonisation. Sur ce point, la partie critique est chez eux bien plus abondante que la partie constructive.
Pour Turgot, la principale utilité des colonies lointaines, c’est l’accès qu’elles peuvent fournir à la métropole. Le travail qu’elles sont susceptibles de donner à l'excès de population. Il peut y avoir aussi aux colonies un débouché pour les capitaux qui, en surnombre, vis-à-vis d’un nombre d'entreprises limité ne pourraient donner en Europe que des profits peu élevés.
On peut se rendre compte que Turgot et Mirabeau ont exactement sur ce point les mêmes idées. Ce dernier soutient qu’un pays ne doit avoir de Colonies que lorsque déjà il s’est appliqué à faire rendre à son sol tout ce qu'il pouvait donner. Car la colonisation ne peut exister au premier stade de la contexture économique d’un pays. Lorsque toutes les terres sont cultivées, que les capitaux n’ont plus de débouchés, c’est alors que l’on doit déverser sur des terres nouvelles le trop-plein de la population et les capitaux surabondants pour faire des colonies un prolongement de la métropole.
$ Au moment où écrivaient les Physiocrates, il semble que les conditions fixées par Turgot et Mirabeau pour qu'un pays puisse coloniser n'étaient pas remplies. La population n’était certes pas surabondante en France : beaucoup de terres étaient encore en friche. Aussi l'expansion coloniale pouvait-elle paraître préniaturée.
Notre situation coloniale n’est d’ailleurs guère brillante, C’est l'époque où nous allons perdre le Canada, nos colons luttent là-bas contre un adversaire plus nombreux: Depuis longtemps nous combattons contre les Anglais et la guerre de Succession d'Espagne nous a fait perdre l’Acadie. Les faits peuvent expliquer l'attitude des Physiocrates, leurs critiques contre l'expansion coloniale : La siluation de la France outre-mer, l’état économique du pays les amenaient à penser qu'il était prématuré de vouloir coloniser.
Letrosne avait des idées très libérales sur les buts de la colonisation. Coloniser pour ‘ui, c'était faire des pays conquis une seconde métropole jouissant des mêmes droits, des mênres avantages 6conomiques.
« L'intérêt de chaque Etat c’est d’être servi aux meilleures conditions possibles » (11). L'intérêt ne change point, si au lieu d'un Etat indépendant nous supposons une colonie. Toute violation des droits essentiels nuirait à la colonie et à la métropole.
Turgot insiste sur la naissance de nouvelles sociélés, qui est une conséquence nalurelle de là colonisation.
L'établissement de provinces agrégées à l'Etat forme une «Confédération naturelle » beaucoup plus solide et efficace que celle qui peut être forn 6e après des guerres où des ententes diplomatiques par des lrailés. De cette confédération naîtra la prospérité
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de Etat : pour cela, les colonies doivent être riches
(tr) Letrosne (Intérêt social). Edit, Daire 1844. P. 1019.
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ct bien peuplées. Car, si les colonies ne se développent pas, elles sont un fardeau pour la niétropole, du moins ne contribuent-elles pas à sa prospérité. Elles sont comme de jeunes enfants ayant encore besoin de la tutelle de leurs parents, Turgot ne voit pas bien des colonies puissantes soumises à une {utelle étroite. C'est plutôt une politique « d’association » que de « domination » qu’il conseille de suï- -vre vis-à-vis des colonies.
Le peuplement des colonies préoccupe Turgot et Mirabeau. Ce dernier critique le système de PAncien Régime qui n'apporte aux colonies qu'un faible contingent de travailleurs, pris dans une catégorie de gens peu laborieux et de moralité douteuse.
Cette question est controversée: M. le professeur Girault, dans son livre sur la colonisation, étudie longuement la question du peuplement des colonies, par les engagés : D'après lui, la Royauté aurait parfaitement réussi ; les compagnies se disputaient et s'arrachaient les colons. Par les privilèges qu'elle confère (annoblissement, etc...) de nombreux Français consentaient à s'expatrier. La question du peuplement des colonies préoccupera Colbert et il fera tout son possible pour favoriser l'émigration.
Turgot et Mirabeau critiquent les méthodes de peuplement de l'Ancien Régime mais ne présentent aucun plan nouveau. À l'heure actuelle on se plaint qu'il n'y ait pas assez de Français aux colonies ; l'Ancien Régime, à notre avis, avait réussi à mettre en valeur une assez grande partie de nos possessions.
Si Adam Smith admet que c'est le projet chi-
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mérique de découvrir des mines d’or et d'argent qui poussa les Européens à coloniser, il reconnaît que des raisons plus nobles furent le mobile de l'expansion coloniale.
« Les puritains anglais opprimés dans leur patrie, s’enfuirent en Amérique pour y trouver la liberté et ils y établirent les quatre gouvernements de la Nouvelle Angleterre, les catholiques anglais fondèrent celui de Maryland, les Quakers celui de la Pensylvanie, les Juifs portugais persécutés par l’Inquisition, dépouillés de leur fortune et bannis au Brésil introduisirent par leur exemple quelque espèce d'ordre, d'industrie parmi les brigands déportés et les prostituées dont la colonie était peuplée, et ils leur enseigneront la culture de la canne à sucre » (11 bis).
Dans ce cas, ce serait le sectarisme et l'esprit d'injustice des gouvernements qui auraient contribué à l’émigration d’une partie de la population et au peuplement des colonies.
Dès que les colonies furent découvertes et peuplées, la métropole se préoccupa de l'usage qu’elle pourrait en faire : Elle chercha toujours à s'assurer le monopole de leur commerce « de resserrer leur marché et d'agrandir le sien à leurs dépens ».
Smith fait l'éloge de l'Angleterre au point de vue de la colonisation : Il reconnaît que le gouvernement anglais, guidé par les théories mercantiles, fut néanmoins plus libéral que les autres gouvernements européens. Les colons jouissaient de droits
(11 bis) Smith « Richesse des Nations P. 209.