‹ Les idées de Charles MaurrasChapitre 116 sur 181 · L'Avenir de l'Intelligence, p · texte numérisé non relu

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nV a pas songé ou si, l'ayant vu, il a préféré passer sous silence un précédent impopulaire. La liberté des cultes étant reconnue par la Charte, une loi confère cependant au dogme essentiel de l'Eglise catholique, à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie une reconnaissance officielle et une protection spéciale, puisqu'elle prononce contre la profanation publique d'une hostie la peine de mort. — Cette loi de privilège a, tout à fait dans le sens de M. Maurras, une portée politique plus que religieuse : elle est votée moins pour le vrai que pour le bien par une majorité de députés et de pairs où les voltairiens et les athées sont nombreux. Elle signifie pour l'Eglise catholique ce qu'en Angleterre signifient contre elle et pour l'Eglise anglicane le bill du test et l'obligation pour tout fonctionnaire de répudier par écrit ce même dogme de la présence réelle. — Enfin elle est agencée très adroitement de façon à demeurer plus spirituelle Que temporelle, plus décorative qu'efficace. Les cinq ans qu'elle dura, elle ne fut jamais appliquée. Faisant bloc avec la loi sur le milliard des émigrés, elle donnait à l'Eglise une satisfaction idéale en même temps que la noblesse spoliée recevait une compensation réelle. A l'égard de ces deux corps, la monarchie réparait les catastrophes du passé. Elle les réparait avec le moins de frais pour le reste de la nation, puisque la loi du sacrilège devait demeurer inopérante dans l'arche sainte, et que la loi du milliard, provoquant une plus-value des biens nationaux désormais en sûreté, profitait à tout le monde. Ce milliard des émigrés, multiplié par la loi au bénéfice de chacun, fait même un pendant fort élégant au milliard des congrégations anéanti par la loi au détriment de tout le monde.

Malheureusement pour la Restauration, pour l'Eglise et pour la France, Villèle ne réussit pas. Le résultat de la loi du sacrilège fut que, cinq ans après, les prêtres, pendant une année, ne purent sortir à Paris en costume ecclésiastique sans être insultés et maltraités. Au contraire, de 1830 à 1848, la campagne du parti catholique sur le terrain de la liberté et du droit commun fut couronnée par des succès définis et considérables, par la loi Falloux et par les avantages de toutes sortes que conserva l'Eglise pendant toute la durée du second Empire.

Il est dès lors naturel que le clergé, ému du zèle déployé par M. Maurras, lui dise à l'oreille : Surtout ne nous protégez pas ! — et que depuis 1830 le trône et l'autel, même dans leurs rapprochements passagers, se soient tenus prêts toujours à couper la corde, comme Tartarin et Bompard au Mont-Blanc.

L^ORDRE CATHOLIQUE

C'est un devoir pour nous, dit M. Maurras, d'offrir à l'Eglise une situation privilégiée. Mais si elle trouve la mariée trop belle, ce sera évidemment son droit de la refuser. — Est-ce bien sûr. Quand il parle de privilèges, M. Maurras s'incline devant les théologiens catholiques, comme le cardinal Billot, qui « font observer que ce mot est pris au sens large ; car c'est au nom d'un droit commun strict, le droit de la vérité, qu'ils demandent la préséance du catholicisme ». Renvoyons son Eminence à Pascal pour lui faire entendre que la vérité en tant que telle n*a que faire des préséances, et que ce sont les valeurs sociales conventionnelles qui en ont besoin, qui s'en nourrissent. Mais cette réflexion nous indique bien que l'Eglise du cardinal Billot ne se reconnaîtrait pas le droit de renoncer à l'un de ses droits : son domaine spirituel, qui contient le droit à la préséance, est inaliénable. Les idées de M. Maurras seront dès lors vues de l'œil le plus bienveillant par le monde de la pourpre et les théologiens romains. Mais il est de braves curés français qui relisent sans doute certain dialogue de leur confrère de Meudon : « Sire, nous vous faisons aujourd'hui plus grand, plus chevalereux prince qui oncques lut depuis la mort|d'Alexandre Macedo » et qui se souviennent que tout le résultat, pour Picrochole, ce fut de finir ses jours, après sa déconfiture, comme marchand de moutarde.

Une autre raison pourrait mettre en méfiance certains catholiques, très romains ceux-là, contre l'idée d'une Eglise catholique incorporée à la tradition nationale et, pour cette raison précise, privilégiée. N'évoque-t-elle pas l'essaim poussiéreux des souvenirs gallicans, et la figure de ces infatigables légistes dont l'argumentation passionnée multiplia sur le chevet de la cour romaine pendant trois siècles les nuits sans sommeil ? Si la place de l'Eglise dans la tradition nationale exige aujourd'hui que la France l'élève à une situation privilégiée, la vraie tradition nationale n'était-elle pas autrefois de demander pour la France, dans l'Eglise, une situation privilégiée de fille aînée et majeure ? Cela, M. Maurras, ultramontain résolu, l'appelle la turlutaine gallicane. Il ne veut nul bien au gallicanisme et il introduit contre sa mémoire vivace, sa présence impalpable et son avenir problématique trois sortes de raisons. Il n'appartient pas a notre vraie tradition nationale. Il n'a plus de raison d'être depuis le concile du Vatican. Une Eglise nationale nous livrerait à Jérusalem et à la Bible.

M. Maurras loue le Syllabus de « n'être pas suspect de concessions

aux turlutaines gallicanes qui n*ont rien de commun avec le culte^du passé de notre nation ». Evidemment il se montre là bon Méridional, les Parlements des pays d'oc étant dans l'ancienne France décriés pour leur ultramontanisme. Mais il paraît surtout sacrifier a ses amitiés romaines tout un beau plan de tradition française. M. Maurras a d'éloquentes pages pour montrer que le Oui est romain, le Non barbare ; mais entre le oui et le non n'y a-t-il pas une gamme de formules françaises, même normandes, et surtout la formule critique du XVII^ siècle, celle d'un Pascal, celle qui dit : jusque là et pas plus loin? La doctrine gallicane, c'est la raison française en tant qu'elle se soumet pour un bénéfice certain. Jansénisme et catholicisme signifient qu'une âme française fut portée au sein du catholicisme et qu'un sel français le défendit chez nous contre des puissances espagnoles et italiennes, comme un sel latin nous défendait contre des puissances germaniques. Entre Rome et ces formes françaises le roi servait de médiateur, intervenant contre celle des deux puissances, romaine ou nationale, qui usurpait : ce fut, de 1614 à la Restauration, toute la politique religieuse de la monarchie.

Et il n'est peut-être pas exact que tout cela ne soit que de l'histoire morte et qu'allusion inutile à une tradition coupée : « La turlutaine gallicane ne tient plus dès qu'on fait observer que, depuis le Concile, le catholicisme ayant complété sa définition, il faut le voir comme il se voit et comme il est, non comme il plait de le rêver ^, » Il est très juste que le gallicanisme, aux deux sens anciens du mot, comme ensemble de libertés propres à l'Eglise de France, et comme doctrine professée par les légistes, a cessé d'exister. Mais le principe formel qu'il représente est incorporé à l'existence de toute nation catholique et se manifeste avec d'autant plus de force que la vie catholique de cette nation est plus intense. Quelles que soient l'obéissance et la fidélité d'un clergé au siège romain, il arrive souvent des moments où l'immixtion de Rome dans une affaire de détail, une habitude locale, une tradition nationale, parait abusive à une partie, grande ou petite, de ce clergé. De là une résistance qui demeure respectueuse de la discipline, mais qui la respecte avec des réserves, des détours, et, dans certains cas graves, une oppsoition plus nette. — Esprit d'orgueil, esprit de Satan. — Attendez : ce diable apporte sa pierre à l'Eglise. Un axiome politique certain veut qu'on ne s'appuie que sur ce qui résiste. L'Eglise de France, parce

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