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La Politique Religieuse, p. XXV

L'ORDRE CATHOLIQUE

qu elle était forte, a pu autrefois se défendre en même temps contre la Réforme et contre les prétentions ultramontames. Dans les pays où l'Eglise est forte, quand il le faut, contre le pouvoir civil, elle se montre ferme, quand il en est besoin, contre Rome. Lors de l'encyclique Pascendi et de la décision romaine qui prétendait imposer à tous les clercs le serment anti-moderniste, les catholiques allemands s'insurgèrent. Le cardinal Kopp déclara que l'Encyclique « ne peut s'appliquer à des Allemands, qu'elle n'est pas faite pour les catholiques d'Allemagne », du ton dont un capitaine prussien ferait connaître au feldwebel d'ordinaire que les pommes de terre gelées sont pour les hommes et non pour les officiers. L'opinion catholique allemande résista au nom de la science allemande, de la liberté allemande, de la probité allemande, de tout ce qui est au-delà du Rhin réputé allemand, contre l'étranger, le monsignor, les cardinaux Billot, Merry del Val, Vives y Tuto. Et ce fut Rome qui céda. Le Non possumus des catholiques allemands au pape avait sa source dans les mêmes énergies que le Non possumus des catholiques allemands à Bismarck. La docilité du clergé et des catholiques français à l'égard de Rome peut être prisée comme une vertu, mais cette docilité leur vient du m.ême fonds que leur faiblesse devant l'Etat.

Cette docilité générale à l'égard de Rome ne s'est pourtant pas étendue, dans le clergé français, jusqu'à adopter avec enthousiasme les directives romaines de M. Maurras. Sont-ce les vieux ferments gallicans, est-ce le nouveau levain moderniste, ou est-ce seulement cette crainte des représailles que devant une solidarité possible de l'Eglise avec les partis monarchistes exposait éloquemment par sa lettre de 1880 au pape le cardinal Lavigerie, est-ce enfin l'esprit de fidélité aux directions prudentes de Léon XIII et du cardinal Rampolla ? toujours est-il qu'une bonne partie du clergé n a pas vu sans inquiétude ni mauvaise humeur le rôle d'adjudant faiseur de zèle que s'attribuait VAction Française dans les relations entre l'état-major romain et le popolo minuio du monde religieux, les dithyrambes de M. Maurras en l'honneur de la « juste et sainte alliance du froc et de l'épée, du corps des officiers et des Congrégations religieuse » ^. Ecrivant contre l'un des prêtres qui l'attaquaient sans ménagement, il s'écrie avec un étonnement qui m'étonne : « Malveillance profonde, sans mesure, sans frein, et dont j'ignore absolument la source ! Que lui avons-nous

fait ? Pour ma part je ne pense pas avoir causé jamais de préjudice à M. Pierre, que j'ignorais profondément. » M. Maurras se gausse ailleurs de Gabriel Monod qui devant ses attaques violentes s'écriait, lui aussi : « Qu'est-ce que je lui ai donc fait ? Je ne le connaissais pas. » Et il énumère abondamment les torts de Monod envers la France, au nom de laquelle il se porte contre lui partie plus ou moins civile. Que M. Maurras se rappelle son triomphe sur le Sillon, ou, plus simplement, qu'il relise le Curé de Tours. Qu'avait fait l'abbé Birotteau à l'abbé Trubert ? Rien et tout. M. Maurras devait prévoir rigoureusement à quelles haines sacerdotales l'exposerait sa politique religieuse et quels germes de guerre ecclésiastique implique la phrase où toute cette politique est résumée : « U Action Française... rallie les catholiques... à proportion qu'ils se montrent plus fidèles à l'unité du dogme romain. » Conception précieuse pour donner à M. Maurras « l'ordre intellectuel et moral », beaucoup moins pour apporter à la France et à son Eglise la « paix publique ».

De sorte que les adversaires catholiques de M. Maurras sont fondés quelque peu a circonscrire son Génie du Catholicisme sur le même terrain, dans le même camp de concentration où lui-même relègue Chateaubriand et le Génie du Christianisme : le grand cimetière décoratif de la littérature des génies. Dans une note de la Politique Reli' gieuse ^, M. Maurras cite un article du Temps où M. Paul Souday (Rome alors honorait ses vertus) exposant qu'un Huysmans a plus de saveur qu'un Fogazzaro conclut : « Pour tout dire, à l'opportunisme ambigu et fade des modernistes, il est loisible de préférer, par simple goût des belles choses réalisant la plénitude de leur type, soit la netteté de la pure libre-pensée, soit la splendeur traditionnelle du catholicisme intégral ». M. Maurras épingle en triomphant cette citation, et y voit la preuve que « les sympathies de la libre-pensée ont finalement abandonné le protestantisme ainsi que le libéralisme, son succédané. » Le Temps et M. Souday s'embrigadent-ils donc dans la « juste et sainte alliance du froc et de l'épée ? » que M. Maurras s'écrie : « « Une aube se fait peu à peu ? » Attendez. Supposez que M. Souday ait écrit ceci : « Pour tout dire, à l'opportunisme ambigu et fade de l'Alliance démocratique, il est loisible de préférer, par simple goût des belles choses réalisant la plénitude de leur type, soit le net syndicalisme révolutionnaire de la C. G. T.,

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