ACTE II
RICHARD, nvec un t''clat de rire.
Ah 1 la bonne plaisanterie I
PIERRE
Vouf? n'y croyez pas?
RICHARD
Pas plus qu'elle, et je vous réponds qu'elle rirait bien de cette naïveté, si elle pouvait nous entendre sans qu'on la vît. Eh ! monsieur, si tous les amants trahis et toutes les maîtresses abandonnées, pour si peu ! mettaient fin à leurs jours, Paris ne serait bientôt plus qu'un désert.
PIERRE, à Lionel.
Tu entends.
LIONEL, se levant.
Il y a toujours une dernière explication qu'on ne peut éviter, et j'ai horreur des larmes, même les moins sincères.
RICHARD
Quand on craint la bataille, on décampe sans tambour ni trompette.
LIONEL
Mais comment renvoyer ses lettres et redemander les miennes?
Xe trouve-t-on pas toujours un intermédiaire complaisant qui se charge du double message, sauf à se le faire payer, en consolant la veuve inconsolable ?
LIONEL
Veux-tu me rendre ce très-grand service? je t'en serai bien reconnaissant.
RICHARD
Il n'y a pas de quoi. La diplomatie, n'est-ce pas mon
métier? Et c'est moi qui resterai ton^obligé, si tu veux bien m'ouvrir un crédit au chapitre des consolations.
LIONEL
Console, console tant que tu voudras; tout ce que je demande, c'est qu'on me laisse tranquille.
ETCHARD
J'en fais mon affaire. Où et quand veux-tu me remettre la galante correspondance?
LIONEL, remettant à Richard une petite clef. Voici la clef de mon secrétaire. Tu y trouveras un gros paquet cacheté, sans adresse, à côté de mon testament; ne va pas confondre.
EICHARD
Tu fais bien de m'avertir. On pourrait s'y tromper, comme entre deux jumeaux.
LIONEL, serrant la main de Richard.
Merci et adieu !
RICHARD
Ton adresse ?
Ah ! Je n'y avais pas pensé.
PIERRE
Apremont, par Nancy.
LIONEL et RICHARD
Apremont ?
PIERRE
Je t'emmène à la ferme, en attendant que je te présente au château.
RICHARD, à Pierre.
Bravo, monsieur. Vous expédiez les choses militairement. Toi, Lionel, reçois aussi mes félicitations. Tant
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qu'à faire cette grande folie du mariage, tu ne pouvais du moins te mieux adresser.
(Pierre remonte vers le fond pour ^etter.)
LIONEL
Tu connais mademoiselle d'Apremont.
RICHARD
De réputation seulement; on la dit une personne accomplie. Son père a été mon chef et mon maître; j'espère qu'il est resté mon ami; et je sollicite la faveur d'être l'un de tes deux témoins pour cette déplorable et magnifique noce. Les Trésignan alliés aux Apremont, c'est superbe, et je serai de la famille.
Nous veillerons à ce que tu n'en sois pas trop.
RICHARD
Oh! tu peux t'en rapporter à ton mérite et à mon amitié.
LIONEL
Et surtout à ma prudence. Un cousin tel que toi ! double raison de se bien garder.
PIERRE, redescendant vivement la scène.
Alerte ! Toici l'ennemi !
LIONEL, pensif.
L'ennemi!
RICHARD
Allons, monsieur Pylade , enlevez Oreste; je me charge d'Hermione.
LIONEL, se réveillant.
Le sort en est jeté. En route! (il sort avec Pierre à gauche.)