SCÈNE IV
Les Mêmes, RICHARD
LIONEL, à Pierre.
Soit! Parle pour moi. Je n'ai ni pensée ni volonté. (il se laisse tomber avec découragement sur un fauteuil.)
PIERRE
Monsieur le duc, il est dit que votre cousin vous appellera toujours à son aide.
A-t-il perdu au jeu ? Moi, je viens justement de gagner des sommes folles. A tes ordres, Lionel.
LIONEL
Merci, Richard. Mais ce n'est pas de jeu ni d'argent qu'il s'agit.
RICHARD
De quoi donc?... Un duel? Non, tu serais plus tranquille.
PIERRE
Voici le fait en deux mots : contre votre opinion, conformément à la mienne, et ce m'est un grand honneur, Lionel incline décidément au mariage,
RICHARD
Vrai?
PIERRE, montrant Lionel immobile et silencieux. Qni ne dit mot, consent.
RICHARD
S"il veut absolument se marier,* qu'il se marie, à ses risques et périls. Je ne puis l'en empêcher, mais je m'en lave les mains.
PIERRE
C'est convenu!
RICHARD
Fort "bien! Jusqu'à présent, cela marche tout seul.
Mais il n'ose rompre une liaison qui lui pèse cependant.
RICHARD
Je ne demande pas de détails pour deux raisons; d'abord, parce que ce serait manquer de discrétion, ensuite, parce que je connais l'histoire et la dame. Passons.
PIERRE
Que doit-il faire ?
RICHARD
Parbleu! ce qu'on fait toujours en pareil cas : renvoyer à la belle éplorée ses lettres d'amour avec la miniature ou la photographie qui les accompagne inévitablement.
PIERRE
Et puis?
RICHARD
Le reste , ad libitum , c'est-à-dire à la grâce de Dieu.
PIERRE
N'y a-t-il pas à craindre un malheur?
RICHARD
Lequel? La dame ne saurait faire do scandale, étant mariée.
PIERRE
Mais un suicide?