ACTE Iir
LE COMTF,
Maintenant que je ne tiens plus les lils, cela m'amuse assez de regarder à mon tour la danse des pantins.
(il pose les journaux sur la table.)
PAULINE
Puisque votre divertissement est fini, voulez-vous que nous causions de choses plus sérieuses ?
LE COMTÉ
Lesquelles ?
PAULINE
M. le marquis de Trésignan va venir tout à l'heure.
LE COMTE
Il vient tous les jours.
PAULINE
Mais aujourd'hui, contre l'ordinaire, il a fait annoncer sa visite.
LE COMTE
Il vient faire sa demande en mariage?
PAULINE
Je le présume.
LE COMTE
Eh bien ! arrangez cela comme vous l'entendrez.
Ce n'est pas moi que la question intéresse le plus; ce n'est pas à moi qu'appartient la décision dans une affaire si grave.
LE COMTE
Ma chère Pauline , lorsque vous avez consenti à m'épouser, je ne vous ai pas caché ma situation desprit : le reste ne se voyait que trop bien. Courbé sous tous les fardeaux de la vie, fatigué de luttes, accablé
de doutes, errant comme un aveugle parmi des ruines, je vous ai demandé votre main , jeune et forte , pour me guider et me soutenir à travers les hasards finissants de mon voyage. Vous avez bien voulu m'accorder votre appui, et je vous en reste profondément reconnaissant.
PAULINE
Ne parlons pas de reconnaissance, monsieur le comte, ou je serais obligée de vous rappeler tout ce que je vous dois. Orpheline , pauvre et délaissée, grâce à vous, près dé vous, j'ai trouvé les douceurs de la famille, les avantages de la fortune, et les honneurs d'une considération deux fois illustrée par la naissance et le talent.
LE COMTE
Je n'ai fait que vous remettre à votre place; et je regrette de n'y pas mieux figurer à côté de vous.
PAULINE
Mon ami I
LE COMTE
Puisque nous en sommes à parler sérieusement, continuons, si vous le voulez bien. Veuf d'une femme excellente, que vous me permettrez de regretter encore, quoique vous l'ayez remplacée, j'avais à élever notre fille unique. Que faire et que dire? La vue de la chère enfant me jetait dans un trouble X-)rofond. J'avais à la fois le respect attendri de son innocence, l'inquiétude de son avenir et le sentiment douloureux de mon insuffisance. Trop sincère pour enseigner à ma fille des choses auxquelles je ne crois pas moi-même, trop réservé pour lui apprendre ce que je me figure savoir, je vous ai prié de diriger le reste de son éducation, vous remettant l'autorité qui flottait dans mes mains incertaines. Achevez votre œuvre si vaillam-