‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 112 sur 338 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

ment entreprise, si bien conduite jusfqu'à présent; soyez jus(|u'au bout la seconde mère de ma fille, et maricz-h\ comme vous l'avez élevée. Je ne saurais désirer davantage, ni mieux.

PAULINE

Je vous remercie doublement, mon ami, pour la confiance que vous voulez bien me continuer et pour ces éloges trop flatteurs. Je n'ai eu ni mérite ni peine à compléter une éducation si bien commencée. D'ailleurs l'heureuse nature de Blanche eût rendu facile une tâche même plus délicate. Bonne , intelligente, loyale et fière, pour bien faire et comprendre ce qu'elle faisait, elle n'avait besoin que de conseils affectueux. Les miens, partant du cœur, arrivaient droit à son esprit. Elle a senti que je l'aimais ; elle m'a rendu mon affection, et tout naturellement, sans que nous ayons eu grand'chose à faire ni l'une ni l'autre, il s'est trouvé que vous aviez une fille parfaite et digne des meilleures destinées. Mais plus elle mérite, plus on doit la sauvegarder. Le bonheur qu'elle est certaine d'apporter en dot, il faut au moins lui en assurer le partage. On ne saurait donc mettre trop de soin dans le choix de l'homme à qui vous confierez un pareil trésor.

LE COMTE

Eh bien ! Que pensez -vous de M. le marquis de Trésignan?

PAULINE

Parlez d'abord. J'ai besoin de connaître votre opinion.

LE COMTE

Je n'en ai pas. Toutes choses égales d'ailleurs, un homme en vaut à peu près un autre. Celui-ci se présente sous les apparences les plus favorables : un grand nom, de bonnes manières, une belle fortune.

PAULINE

Et le caractère?

LE COMTE

Aimable à la surface. Pour le fond, je m'en rapporte à Pierre Froment, qui nous l'a présenté comme son meilleur ami. Pierre est l'enfant de la maison ; je l'estime autant qu'homme du monde, et si celui-là nous trompait, je ne saurais plus en qui mettre le peu de confiance qui me reste.

PAULINE

Je partage sans réserve la bonne opinion que vous avez de M. Froment. Mais la jeunesse a ses illusions, et l'amitié ses complaisances. Est-ce bien à un jeune homme qu'il faut s'en rapporter pour le passé d'un ami ?

LE COMTE

Le passé ! c'est le passé. En remuant trop les cendres, on peut mettre le feu à la maison. Si l'on fouillait la vie des gens, qui donc résisterait à un examen rigoureux? Quand nous nous sommes mariés, nous ne nous sommes pas fait de questions, et nous n'en sommes pas, je crois, plus malheureux.

PAULINE

Pour ma part, du moins. Mais votre passé, à vous, c'était de l'histoire.

LE COMTE

Politique, tout au plus.

PAULINE

Quant au mien, j'ai voulu vous le faire connaître, et c'est vous qui n'y avez pas consenti.

LE COMTE

Ce n'était pas mon affaire, mais celle de votre confesseur, qui a dû vous donner facilement Tabsolution. N'en parlons plus.

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