SI DOME
Ah! une dénonciation?
PIERRE
Pardon, madame : cette carte-là ne figure pas dans mon jeu.
SIDONIE
Il s'agit pourtant d'une lettre?
PIERRE
Oui.
SIDONIE
Adressée à mon mari ?
PIERRE
Non.
SIDONIE
A qui donc?
PIERRE
A vous.
A moi?
PIERRE
Et je Tais vous l'écrire tout de suite, si vous me le permettez.
SIDONIE Volontiers. (Pierre s'asseoit près de la table et se met à écrire.) Me permettrez-vous de la lire?
PIERREj écrivant,
A mesure que je l'écrirai; ensuite, il serait peut-être trop tard.
SIDONIE
Je me garderai bien alors de manquer une si rare et si belle occasion. (Lisant par-dessus l'épaule de Pierre.) « Madame, en quittant Paris, je ne croyais pas rester si longtemps éloigné de vous. Malgré tout mon empressement à revoir ma famille et mon pays, j'aurais certainement retardé ce cher voyage, si je n'avais compté sur la visite plus chère encore que vous avez promise aux habitants d'Apremont. Tout le monde ici vous désire et vous espère, mais personne avec autant d'impatience que le plus humble et le plus dévoué de vos esclaves. — Pierre Froment. » — C'est bien à moi que vous écrivez cette lettre ?
PIERRE, se levant et montrant l'enveloppe à Sidonie. Voyez plutôt^ madame.
SIDONIE
Oui, ma foi ! Mais, si je ne me trompe, c'est une déclaration?
En règle.
SIDONIE
Elle me flatte infiniment.
PIERRE
Flatterie n'est pas synonyme de vérité.
SIDONIE
Vous n'êtes donc pas amoureux de moi?
PIERRE
Pas encore, madame ; mais cela pourrait venir : on dit l'amour voisin de la haine.
SIDONIE
En attendant cette heureuse métamorphose, l'homme austère commence la lutte par un mensonge.