‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 122 sur 338 · SI DOME · texte numérisé non relu

SI DOME

Ah! une dénonciation?

PIERRE

Pardon, madame : cette carte-là ne figure pas dans mon jeu.

SIDONIE

Il s'agit pourtant d'une lettre?

PIERRE

Oui.

SIDONIE

Adressée à mon mari ?

PIERRE

Non.

SIDONIE

A qui donc?

PIERRE

A vous.

A moi?

PIERRE

Et je Tais vous l'écrire tout de suite, si vous me le permettez.

SIDONIE Volontiers. (Pierre s'asseoit près de la table et se met à écrire.) Me permettrez-vous de la lire?

PIERREj écrivant,

A mesure que je l'écrirai; ensuite, il serait peut-être trop tard.

SIDONIE

Je me garderai bien alors de manquer une si rare et si belle occasion. (Lisant par-dessus l'épaule de Pierre.) « Madame, en quittant Paris, je ne croyais pas rester si longtemps éloigné de vous. Malgré tout mon empressement à revoir ma famille et mon pays, j'aurais certainement retardé ce cher voyage, si je n'avais compté sur la visite plus chère encore que vous avez promise aux habitants d'Apremont. Tout le monde ici vous désire et vous espère, mais personne avec autant d'impatience que le plus humble et le plus dévoué de vos esclaves. — Pierre Froment. » — C'est bien à moi que vous écrivez cette lettre ?

PIERRE, se levant et montrant l'enveloppe à Sidonie. Voyez plutôt^ madame.

SIDONIE

Oui, ma foi ! Mais, si je ne me trompe, c'est une déclaration?

En règle.

SIDONIE

Elle me flatte infiniment.

PIERRE

Flatterie n'est pas synonyme de vérité.

SIDONIE

Vous n'êtes donc pas amoureux de moi?

PIERRE

Pas encore, madame ; mais cela pourrait venir : on dit l'amour voisin de la haine.

SIDONIE

En attendant cette heureuse métamorphose, l'homme austère commence la lutte par un mensonge.

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