‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 131 sur 338 · ACTE TU lO · texte numérisé non relu

ACTE TU lO

est à la fois mon mari, mon bienfaiteur et mon père, quand même je deviendrais veuve, rappelez-vous bien mes paroles, jamais je ne consentirais à vous épouser: vous n'êtes pas digne de moi.

EICHARD

Laissez moi le devenir. Je me sens le courage de porter le fer et le feu dans mes plaies; je sens palpiter en moi la force d'une résurrection et les ardeurs sacrées d'une métamorphose. Tendez- moi la main, et je me lève! dites un mot, et je marche à la lumière! C'est une âme à perdre ou à sauver : songez-y. Plus grande fut l'injure, plus grand sera le mérite du pardon. Vous tenez mon sort entre vos mains, puisque vous possédez mon cœur. Ne me refusez pas cette aumône suprême de l'espérance qu'on accorde au pire des condamnés; ou vous-même vous commettriez un crime plus grand que le mien. Oui! je vous ai atrocement blessée, mais non tuée; j'ai troublé votre vie, mais je ne vous ai pas fermé l'avenir. Ayez donc pitié de moi, comme Dieu a eu pitié de vous; et laissez-moi me relever comme vous, jusqu'à vous !

PAULINE

Que voulez-vous? Que demandez- vous?

ItlCHARD

Ce qu'il vous plaira de m'accorder : une parole d'encouragement, un regard de vraie compassion, un témoignage de confiance, que sais-je? un retour d'affection peut-être.

PAULINE

Je ne rétracte pas le pardon que je vous ai accordé. L'encouragement au bien, vous le trouverez dans votre conscience. Quant au reste, je ne puis rien. Je ne puis ni vous aimer sans crime, ni vous témoigner une confiance que je n'ai plus. Le passé nous sépare désormais et pour toujours : c'est un gouffre.

RICHARD

Je l'ai creusé : je saurai bien le franchir, dussé-je y tomber avec vous.

PAULINE

Des menaces ! que ferez-vous donc ?

RICHARD

Tout ce que me conseillera la folie d'une passion furieuse, que tu partages encore !

PAULINE

Moi? Comment pourrais-je vous aimer? Je vous méprise.

RICHARD

Le mépris ! 0 rage! ô misère ! le mépris ! Il y a en ce monde quelqu'un qui me méprise et qui ose me le dire en face ! C'est une femme, et la femme que j'aime.

(il éclate en sanglots.)

Si VOUS m'aviez vraiment aimée, vous ne seriez pas venu troubler mon repos et compromettre mon existence rétablie.

RICHARD

Soit. Je vous hais, puisque vous le voulez; et je vous prouverai mon amour par ma haine. Je suis ici : j'y reste, près de vous, malgré vous, dans cette maison qui est la vôtre; et je vous défie de m'en chasser. Je vous tiens par la chaîne de notre passé : je ne vous lâche pas. Vous ne pouvez hasarder contre moi ni une action ni une parole qui ne se retournent contre vous. Moi, je brave le scandale ; j'accepte toutes les luttes, trop heureux si je succombe enveloppé dans ma vengeance î Qu'ai-je à craindre? vous ne m'aimez plus. Qu'ai-je à perdre? vous me méprisez.

Page 1