ACTE IV
BLANCHE
Oui.
LE COMTE
Où l'as -tu laissée ?
Je n'en sais rien.
LE COMTE
Es-tu sortie hier au soir?
BLANCHE
Oui, je suis allée me promener dans le parc.
LE COMTE , avec un geste de désespoir. Il y a pourtant, là^ messieurs, le calme de Tinnocence.
BLANCHE, étonnée.
De quoi doncsuis-je innocente?
LE COMTE, montrant à Blanche Pauline qui sanglotte. Vois!
BLANCHE, à Pauline.
Pourquoi pleures-tu ? Que t'ai-je fait ?
LE COMTE
Blanche ! cette mantille a été perdue cette nuit sur le chemin, à la porte du pavillon, par une femme surprise avec un homme.
BLANCHE
Quelle femme?
LE COMTE
Dis-nous que ce n'est pas toi.
BLANCHE
Ah ! mon père ! (Le comte tombe accablé sur un fauteuil, en se cachant la figure dans les mains.) Puisque mon père m'abandonne...
LE COMTE, relevant la tête.
Jamais, innocente ou coupable.
BLANCHE , fièrement.
Merci, mon père. Mais je n'accepte pas, même de vous, une indulgence dont je n'ai pas besoin, (A Lionel.) Monsieur de Trésignan, c'est à vous maintenant de défendre la femme qui doit porter votre nom.
LIONEL
Mademoiselle, donnez-moi une preuve, et je vous défendrai contre le monde entier, au péril de ma vie.
BLANCHE
Puisqu'il vous faut, monsieur, des preuves pour m'estimer, je ne tiens plus à votre estime.
PIERRE, s'avançant du fond.
Blanche, voulez- VOUS m'épouser?
SIDONIE, bas à Lionel.
Bien joué!
BLANCHE , tendant la main à Pierre.
Merci, Pierre, merci de ce témoignage de confiance, le seul qu'on m'ait donné. Mais je ne peux pas vous épouser : vous ne m'aimez pas.
PIERRE
Plus que jamais, et de toute mon âme.
LIONEL, à Pierre.
Je te disais bien, moi, que tu l'aimais.
PIERRE j à Lionel.
Tu me fais pitié. (A Blanche. ) Je m'étais habitué, Blanche, à ne voir en vous que la fille de mon protecteur, la compagne plus jeune de mes jeunes années, presque une sœur. Heureuse avec un autre, par un autre, que je croyais digne de vous et de moi, vous au-