ACTE TV
riez toujours trouvé en moi cette affection fraternelle dont vous connaissez la sincérité, dont j'ai prouvé le désintéressement. Rien de plus, et c'était assez. Mais à cette heure, exposée à je ne sais quels absurdes soupçons dont l'ombre même ne devait pas vous effleurer, trahie dans vos plus justes espérances, outragée dans votre honneur, vous me devenez soudainement plus chère encore, plus que je n'aurais pu moi-même l'imaginer. Le coup imprévu qui vous frappe m'atteint jusque dans les dernières profondeurs de mon être et fait jaillir des sentiments que je ne me connaissais pas. Ce n'est pas seulement la justice qui se révolte en moi; c'est l'enthousiasme qui s'éveille , et l'amitié se transforme en amour. Voulez-vous être ma femme ?
BLANCHE
Accusée, non. Justifiée, oui. En attendant, conduisezmoi dans votre famille; elle remplacera la mienne. Mon père, quand la pitié dont je ne veux pas, aura fait place à la justice que je réclame, parce que je la mérite, alors vous me rappellerez, certain de me voir accourir au premier signe, au premier mot. Adieu, mon père, croyez à tous mes respects et à toutes mes tendresses.
PAULINE
Eestez, Blanche! restez dans la maison paternelle et reprenez-y tous les honneurs, toutes les joies de votre innocence. Lapersonne qui a perdu cette mantille, cette nuit, sur le chemin, à la porte du pavillon, c'est moi.
Vous ?
LE COMTE
Vous, Pauline ! vous!... ma femme!...
BLANCHE
Mon père ! mon cher père !
LE COMTE
Chère enfant, bonne, loyale, tendre comme ta mère! Et j'ai pu te méconnaître un instant!
BLANCHE
Qu'importe un instant d'erreur, puisque nous nous retrouvons tout entiers.
LE COMTE
Tout entiers !
BLANCHE
Pauline l je voudrais vous remercier et je ne sais que vous dire. (Mouvement général de sortie.)
LE COMTE
Reste; Blanche ! et vous aussi, messieurs, restez, je vous en prie. Le scandale a été public, il faut que l'explication soit complète. (A Pauline.) Madame, qui vous attendait à ce rendez-vous nocturne? Lequel de ces messieurs?
LIONEL
Monsieur le comte, amour, amitié, bonheur, je perds tout ! Respectez au moins ce qui me reste : l'honneur.
L'a-t-on respecté chez moi ?
LTONEL
Si vous êtes outragé , je ne suis pour rien dans l'outrage.
LE COMTE
Qui sait? J'ai bien soupçonné ma fille; vous aussi. Pour croire à son innocence, tout à l'heure, vous lui demandiez ses preuves. Où sont les vôtres ?
LIONEL
Vous aviez bien voulu m'accepter pour gendre.