ACTE IV J
RICHARD, d'un Ion équivoque
La vérité ?
PAULINE
Tout entière.
RTCHABD, après avoir interrogé du regjird toutes les physionomies, se redressant fièrement
Alors je n'ai plus qu'à me mettre à la disposition de monsieur le comte.
RICHARD
Pour un duel?
Nécessairement.
(Geste violent de Pierre, qui s'avance. Un geste impérieux du comte l'arrête à sa place.)
LE COMTE
Nécessairement? Ici même, sousTantique et noble toit do mes aïeux, vivait une famille heureuse, entourée de tous les respects et de toutes les tranquillités. Vous entrez dans cette maison, facilement ouverte, avec la résolution préméditée d'y introduire avec vous, derrière vous, le malheur et la honte, cachés ensemble dans votre ombre; vous renouez, au moyen de je ne sais quelles machinations, une liaison commencée je ne sais où, rompue je ne sais comment : car je marche, les yeux bandés, au milieu des mensonges; vous attirez la comtesse d'Apremont hors de sa demeure, la nuit, sur un grand chemin, comme une voleuse qui rejoint un voleur; vous la forcez pour sauvegarder l'innocence de ma fille, de s'avouer publiquement votre ancienne maîtresse, d'immoler au spectre de l'adultère l'honneur de sa virginité I Voilà ce que vous avez fait, monsieur; et, pour compensation à tant d'outrages, pour réparation à cette ruine de ma vie, confiant dans votre force et sur de votre
adresse, vous me proposez maintenant de me tuer dans les règles, en parfait gentilhomme 1
EICHARD
Lorsqu'un gentilhomme de ma sorte se bat dans de pareilles conditions, c'est pour exposer sa vie, sans attenter à celle de son adversaire.
LE COMTE
Alors, ce que vous m'offrez, c'est la chance d'un assassinat? Bien obligé I
RICHARD
Eh! que faut-il donc que je fasse maintenant?
LE COMTE
Ce que vous vouliez faire. Le châtiment vrai d'une faute, c'est son accomplissement. Le mal engendre le mal qui doit le punir.
RICHARD
Au bout du compte, monsieur, ce que j'ai fait, vous l'aviez dit.
LE COMTE
C'est vrai. Je parle de moi comme des autres. Vous, monsieur, vous avez retourné contre moi les mauvais exemples et les mauvais conseils que je vous ai donnés, c'est juste. J'ai négligé,, méconnu, raillé ces vérités éternelles qui sont la base de la morale et le palladium des familles : tant pis pour moi ! Vous les avez violées : tant pis pour vous ! Que chacun porte le poids de ses actes. Vous êtes venu me prendre ma femme? Prenez-la et gardez-la.
RICHARD
Prenez-la, dites-vous, et gardcz-la! Qui? Cette femme, aussi noble que nous deux, meilleure que nous deux, monsieur ! dont vous disposez comme d'une es-