‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 147 sur 338 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

clave, et que J'adore, moi, comme une divinité, la seule! Est-ce là, en vérité, le châtiment de ce que vous appelez mon crime ? Vous croyez peut-être m'intimideren me mettant aux prises avec les lois et les forces du monde? J'ai les miennes. Il est encore à naitre celui qui fera pâlir mon courage ou reculer mon orgueil. Les cœurs de lion se perpétuent chez nous dans la race comme dans les armoiries. Dût la foudre tomber droit sur ma tête, elle m'anéantirait sans m'effrayer. Relevez-vous, madame, sous le coup dont on vous menace vainement, et venez, en toute confiance, vous appuyer sur ce bras, qui n'a jamais faibli. Soyez tranquille, rien ne vous manquera, pas même les respects dus à la future duchesse de Villepreneuse. Dès à présent, ma fortune et ma vie sont à vos pieds.

PAULINE

Je n'en veux pas. Je ne veux rien de vous, que l'oubli. Monsieur le comte, vous pouvez me faire chasser d'ici par vos gens ; vous pouvez, si bon vous semble, punir par le scandale d'une accusation publique ma faute d'autrefois et mon imprudence d'aujourd'hui : je n'y contredirai point ; je me soumets, je me résigne d'avance à toutes vos sévérités. Le seul droit que je vous conteste, la seule vengeance que je vous refuse, la seule menace contre laquelle je me révolte, c'est de me livrer à un homme que je n'aime plus et que je n'estime pas; de m'imposer ce double supplice du malheur dans Tignominie. Mais vous êtes un galant homme , généreux jusque dans votre colère, délicat même dans votre justice, et vous me laisserez, j'en suis sûre, le choix de mon expiation.

LE COMTE

Vous êtes libre.

PAULINE

Merci. Je quitte cette maison comme j'y suis entrée.

n'emportant quo ma reconnaissance et mes regrets. Votre nom même, ce nom glorieux que vous avez daigné partager un moment avec moi, je vais le déposer à votre porte, comme une chose sacrée au seuil d'un sanctuaire. Et je m'en irai si loin, je m'envelopperai d'une obscurité si profonde, que personne jamais ne pourra ni retrouver, ni reconnaître dans l'humble étrangère, gagnant sa vie par son travail, celle qui fut jadis la comtesse d'Apremont. Vous n'aurez pas à rougir de ma fière pauvreté. Tout ce que je demande, — non ! je n'ai le droit de rien demander, — mais ma seule ambition, — peut-être m'est-elle encore permise dans ma déchéance, — c'est qu'on ne ferme pas la porte à l'espérance, derrière moi. Laissez-moi du moins, pour me soutenir dans cette lutte suprême, laissez-moi la triste et douce illusion de croire, de rêver, qu'un jour peut-être, à force de courage et de souffrance dignement supportée, j'obtiendrai le pardon, et qui sait? le regret des seuls êtres qui m'aient véritablement aimée. Adieu. (Elle se dirige vers la porte du fond.) BLANCHE

Non, Pauline ! non 1 tu ne quitteras pas, seule et désespérée, cette maison où tu m'as gardé ma place par ta vaillante loyauté 1 Mon père ! vous n'oublierez pas non plus qu'elle m'a longtemps, et si bien! servi de mère. (A genoux.) Grâce pour nous tous.

LE COMTE, la relevant.

Tu es l'ange du pardon, et je ne demanderais pas mieux qu'obéir à tes belles inspirations. Mais l'avenir, chère enfant ! ce triste avenir que ne prévoit pas ta pureté? M. le duc reviendra.

RICHARD

Jamais.

LE COMTE

Qui donc ici peut se fier à votre parole ?

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