M A D A ME A U B R A
Je veux dire comme je l'ai été moi-même. Je suis restéL* veuve à l'âge que vous avez, dans les mêmes conditions que vous, ^'ec un fils. Cette similitude dans nos situations vous expliquerait ma sympathie et ma curiosité, si cette sympathie et cette curiosité n'avaient pour excuse l'intérêt que les enfants doivent toujours inspirer à toute femme qui est mère. La maternité est une mission si difficile, surtout quand le père n'est plus là, que nous nous devons appui et conseil les unes aux autres. Avezrous de la famille au moins ?
JEANNINE
Non, madame, mes parents sont morts.
Et du coté de votre mari?
JEANNINE
Personne.
MADAME AUBRAY
Toute seule, alors ?
JEANNINE
Toute seule.
MADAME AUBRAY
C'est triste.
Mon enfant m'occupe beaucoup.
MADAME AUBRAY
Vous ne songez pas à vous remarier?
JEANNINE
Non, madame.
MADAME AUBRAY
Vous vous consacrerez entièrement à votre fils (
JEANNINE
C'est mon intention.
MADAME AUBRAY
Voilà qui est bien.
JEANNINE
Vous ne vous êtes pas remariée non plus, vous, madame? *
MADAME AUBRAY
Non; mais, moi, j'ai à ce sujet des idées un peu absolues et que je n'impose à personne. A mon sens, il n'y a pas de place dans la vie d'une femme pour deux amours. Ce qu'une femme qui se respecte a dit à un homme qu'elle aimait, dans l'intimité de son cœur, elle ne doit plus jamais le dire à un autre. Si l'homme qu'elle aimait et qu'elle avait juré d'aimer toujours, meurt, elle doit tenir son serment encore, en partageant cet amour à tous ceux qui souffrent et qui ont besoin d'être aimés: ^:eu\-là ne manquent pas et les morts n'en sont pas jaloux.