‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 162 sur 338 · URBAIN. LE DUC. LA MARQUISE · texte numérisé non relu

URBAIN. LE DUC. LA MARQUISE

Vous \ous faites annoncer maintenant chez moi, mon fils? Est-ce que je deviens véritablement une étrangère pour vous?

LE DUC, lui baisnnt la niaia.

C'est que j'étais honteux de me présenter, ma chère mère; je mériterais que vous eussiez oul)lié mon nom.

LA MARQUISE

Il y a trop de choses qui me le rappellent.

LE DUC, allant poser son chnpcnu sir le piano.

De mauvaises choses, n'est-ce pas? — Bonjour, Urbain.

URBAIN

Bonjour, Gaétan.

LE DUC

Vous avez passé chez moi ?

URBAIX, à demi-voix:.

Oui, j'avais à vous piirler. (iiaut.) Vous dînoz avec nous?

LE DUC

Si ma mère le permet.

LA MARQUTSI-;.

Vous voudriez un refus? Vous ne l'aurez pas. Je vais m'habiller, c'est l'heure. Vous ferez tous les doux, au besoin, les honneurs à madame d'Arglnde. Je n'attends qu'elle. Urbain, vous lui rappellerez qu'elle dîne avec nous, et vous la remercierez pour moi de sa charmante amie.

Madame d'Arglade a une charmante amie?

URBAIN

C'est une nouvelle lectrice qu'elle a procurée à ma mère.

LE DUC

Mademoiselle Artémise n'est donc plus ici? Oh! tant mieux! Vous me croirez si vous voulez, maman, c'était la figure d'Artémise qui m'empêchait de venir.

LA MARQUISE

Alors, vous allez venir plus souvent?

ACTK l>l{i:.M!KI{. 2t

Lh- i)U«;.

Vous voulez me fiiire dire des soltises, chère maman? .Mais je vous préviens que je ne dis plus que des choses sensées.

LA .^lAHQLISE.

Depuis quand?

LE DLC.

Depuis pas mai de temps déjà!

LA MARQUISE

Ou'csl-ce qui vous est donc arrivé?

LE DUC

Les absurdités que vous savez! des déjeuners à cinq cents francs par tête, des chevaux de huit cents louis, des femmes de je ne sais combien...

LA MARQUISE

Mon (ils!

Quoi, chère maman? J'en suis revenu! les déjpuners emportaient la bouche, les chevaux n'en avaient pas, les dames en avaient trop!... Toutes ces déceptions m'ont conduit à la moralité par le chemin de l'ennui ; aussi, à présent... Vous allez voir, je vas faire un sermon.

L A JI A ROUI s E .

A qui ?

LE hH.

A Urbain.

LA MARQUISE

Sur quoi donc, mon Dieu?

LE DUC

Sur son idojàtrie pour les bouquins, et sur son horreur du mariage.

URBAIN

Vous désirez que je me marie ?

LE DUC

Oui, monsieur! nous le dédirons tous : car enfin il faut don-

ner des petits-enfants à cette chère mère. II faut qu'un de nous deux se décide a entrer en ménage, et, comme ce ne peut pas être moi, qui ne trouverai jamais une femme assez abandonnée du ciel et des hommes... à moins ([ue ce ne soit madame d'Arglade, dont je neveux pas entendre parler...

Vous pourriez trouver pire!

LE DUC

Oh! non! Songez donc; un homme qui devient raisonnable!

LA MARQUISE

Et ça durera combien, cette raison-là?

LE DUC

Ça ne durera pas ; mais ça reviendra, et, à force de revenir, peut-être qu'un jour...

URBAIN

Pourquoi douter du présent?

LE DUC

A cause du passé.

LA MARQUISE

Allons, vous voulez m'épargner la peine de me le rappeler.

LE DUC

C'est un châtiment auquel je voudrais me soustraire.

LA MARQUISE

Vous êtes blasé sur ce chàtiment-là.

LE DUC, ému, lui baise la niaitu

Jamais !

LA MARQUISE, émue aussi, l'eiubrusso.

je suis d'une faiblesse!

Ah!... Encore!

LA MARQUISEi

Non ! c'est plus que vous ne méiitcz*

ACTi: im{i:mii:i{. 23

Lli ULC.

Si je le mériluià, je ne le (Jeiiiaiiderais pas!

LA MA H QUI SE

Eli bien... ce soir!

LE DUC

Une fois seulement? quand je m'en irai?

LA MARgUISE, bas.

Non; autant de fois que vous resterez d'heures.

LE DUC

Alors, je ne m'en irai plus!

LA MARQUISE

31eil'CUr. ^CUe sort ù gauche, accompagnée par le duc.)

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