URBAIN. LE DUC. LA MARQUISE
Vous \ous faites annoncer maintenant chez moi, mon fils? Est-ce que je deviens véritablement une étrangère pour vous?
LE DUC, lui baisnnt la niaia.
C'est que j'étais honteux de me présenter, ma chère mère; je mériterais que vous eussiez oul)lié mon nom.
LA MARQUISE
Il y a trop de choses qui me le rappellent.
LE DUC, allant poser son chnpcnu sir le piano.
De mauvaises choses, n'est-ce pas? — Bonjour, Urbain.
URBAIN
Bonjour, Gaétan.
LE DUC
Vous avez passé chez moi ?
URBAIX, à demi-voix:.
Oui, j'avais à vous piirler. (iiaut.) Vous dînoz avec nous?
LE DUC
Si ma mère le permet.
LA MARQUTSI-;.
Vous voudriez un refus? Vous ne l'aurez pas. Je vais m'habiller, c'est l'heure. Vous ferez tous les doux, au besoin, les honneurs à madame d'Arglnde. Je n'attends qu'elle. Urbain, vous lui rappellerez qu'elle dîne avec nous, et vous la remercierez pour moi de sa charmante amie.
Madame d'Arglade a une charmante amie?
URBAIN
C'est une nouvelle lectrice qu'elle a procurée à ma mère.
LE DUC
Mademoiselle Artémise n'est donc plus ici? Oh! tant mieux! Vous me croirez si vous voulez, maman, c'était la figure d'Artémise qui m'empêchait de venir.
LA MARQUISE
Alors, vous allez venir plus souvent?
ACTK l>l{i:.M!KI{. 2t
Lh- i)U«;.
Vous voulez me fiiire dire des soltises, chère maman? .Mais je vous préviens que je ne dis plus que des choses sensées.
LA .^lAHQLISE.
Depuis quand?
LE DLC.
Depuis pas mai de temps déjà!
LA MARQUISE
Ou'csl-ce qui vous est donc arrivé?
LE DUC
Les absurdités que vous savez! des déjeuners à cinq cents francs par tête, des chevaux de huit cents louis, des femmes de je ne sais combien...
LA MARQUISE
Mon (ils!
Quoi, chère maman? J'en suis revenu! les déjpuners emportaient la bouche, les chevaux n'en avaient pas, les dames en avaient trop!... Toutes ces déceptions m'ont conduit à la moralité par le chemin de l'ennui ; aussi, à présent... Vous allez voir, je vas faire un sermon.
L A JI A ROUI s E .
A qui ?
LE hH.
A Urbain.
LA MARQUISE
Sur quoi donc, mon Dieu?
LE DUC
Sur son idojàtrie pour les bouquins, et sur son horreur du mariage.
URBAIN
Vous désirez que je me marie ?
LE DUC
Oui, monsieur! nous le dédirons tous : car enfin il faut don-
ner des petits-enfants à cette chère mère. II faut qu'un de nous deux se décide a entrer en ménage, et, comme ce ne peut pas être moi, qui ne trouverai jamais une femme assez abandonnée du ciel et des hommes... à moins ([ue ce ne soit madame d'Arglade, dont je neveux pas entendre parler...
Vous pourriez trouver pire!
LE DUC
Oh! non! Songez donc; un homme qui devient raisonnable!
LA MARQUISE
Et ça durera combien, cette raison-là?
LE DUC
Ça ne durera pas ; mais ça reviendra, et, à force de revenir, peut-être qu'un jour...
URBAIN
Pourquoi douter du présent?
LE DUC
A cause du passé.
LA MARQUISE
Allons, vous voulez m'épargner la peine de me le rappeler.
LE DUC
C'est un châtiment auquel je voudrais me soustraire.
LA MARQUISE
Vous êtes blasé sur ce chàtiment-là.
LE DUC, ému, lui baise la niaitu
Jamais !
LA MARQUISE, émue aussi, l'eiubrusso.
je suis d'une faiblesse!
Ah!... Encore!
LA MARQUISEi
Non ! c'est plus que vous ne méiitcz*
ACTi: im{i:mii:i{. 23
Lli ULC.
Si je le mériluià, je ne le (Jeiiiaiiderais pas!
LA MA H QUI SE
Eli bien... ce soir!
LE DUC
Une fois seulement? quand je m'en irai?
LA MARgUISE, bas.
Non; autant de fois que vous resterez d'heures.
LE DUC
Alors, je ne m'en irai plus!
LA MARQUISE
31eil'CUr. ^CUe sort ù gauche, accompagnée par le duc.)