ACTE PREMIER
vous voulez parler; il entend sérieusement l'amour. Il ne donnera son cœur qu'une fois et ne le reprendra plus.
JEANNINE
Vous ôtes une mère bien heureuse.
MADAME AUBRAY
Oui, mais toutes les mères pourraient être aussi heureuses (jue moi. C'est bien simple; vous verrez. Vous me plaisez beaucoup, je vous ai observée souvent sur la plage sans que vous pussiez soupçonner que je vous regardais; vous contempliez la mer pendant des heures, suivant une même pensée que le flot berçait pour ainsi dire sous vos yeux; puis vous embrassiez tout à coup votre enfant, et vous vous mettiez à courir avec lui, comme si vous élieft un enfant vous-même, ou comme si vous vouliez vous étourdir, oublier un chagrin.
JEANNINE
C'est vrai.
MADAME AUBRAY
Êtes- vous encore pour longtemps aux bains de mer?
JEANNINE
Tant qu'il fera beau.
MADAME AUBRAY
Nous nous reverrons, alors. — Qu'est-ce que vous faites ce soir?
JE ANNINE.
Rien, madame.
MADAME AUBRAY
Le temps est superbe, venez passer la soirée avec nous, au pavillon d'Étennemare, là, sur la hauteur. J'aurai quelques personnes, on fera de la musique, vous ne vous ennuierez pas trop.
♦ JEANXINE.
Chez vous, madame? Mais je craindrais....
MADAME AUBRAY
Quoi?
JEANNINE
De (ai&ser mon petit garçon aux soins d'une femme de chambre.
MADAME AUBRAY
Amenez-le, il jouera avec Lucienne; elle a quinze ans, mai^ elle joue volontiers à la poupée.
JEANNINE
Il s'endort de très-bonne heure...
MADAME AUBRAY
Nous le laisserons s'endormir, et quelqu'un de ces messieurs .ous le rapportera tout endormi.
Merci, madame.
MADAME AUBRAY
Merci, oui ?
JEANNINE
Merci, oui.
MADAME AUBRAY, voyant entrer Gaston, qui court à 3a mère.
Voici notre petit invité.