PIERRE, CAROLINE
P I E R. R E , tenant un cahier et venant par la galerie.
Voilà le relevé du cadastre que mademoiselle cherchait.
CAROLINE, tressaillant.
.Merci, Pierre. Portez- le à M. le marquis. (EUe va à la croisée
droite.)
Mademoiselle est indisposée?
CAROLINE
Non, mon ami.
ACTK THOISIKMK 00
IMi: K KK.
Mademolï^elle a du chagrin ?
CA UOLINE.
Ça passera.
Pli: RUE.
Ce n'est pas M. le duc ?...
CAROLINE
M. le duc ? Mais c'est un excellent homme !
PIERRE
Et l'autre? (caroUne s'assied sur le canapé.) M. le marquis n'est pas toujours bien pour vous; il vous parle durement.
CAROLINE
Oh ! il me parle si peu !
PIERRE
Vous vous déplaisez ici ?
CAROLIN E.
Non ! mais quelquefois je pense au passé. C'est si bon d'êtro chez soi ! On est aimé, respecté, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse. Les étrangers ne sont pas si indulgents; ils vous jugent comme ils peuvent, et, s'ils s'ennuient ou s'ils ont de l'hunieur, ils s'en prennent à vous sans savoir pourquoi. — Et puis, soimême, on ne les comprend pas toujours; on craint de s'intércsst'r à eux plus qu'ils ne veulent, et, si on y met de la discrétion, ils vous accusent d'ingratitude. Enfin, nous sommes ici pour supporter des contrariétés ! (EUe se lève.)
PIERRE
Moi, oui. Mais vous n'avez pasélé élevée à ça, et, si ça allait trop loin, je vous emmènerais.
CAROLINE
Toi, Pey raque?
PIE RRE.
Je vous dirais : il le faut!
CAROLINE
Bien; et tu me conduirais?...
PIERRE
Chez nous. Ma femme vous trouverait de l'ouvrage; vous l'avez dit, on est toujours mieux chez soi que chez les autres.
CAROLINE
Et je serais chez moi dans la maison? (AUant à lui.) Merci, bon cœur ! mais il faut que je reste encore ici. (Eiie passe à
droite.)
PIERRE
Pourquoi?
Je sais que, sans me rien dire, M. de Yillemer s'occupe de placer mes neveux au collège. Je veux servir sa mère tant que je pourrai pour m'acquitler.
PIERRE
Si c'est lui qui vous traite mal, pourtant?
CAROLINE
Ah!... si je viens, je ne sais pourquoi, à déplaire, j'espère qu'on aura la franchise de me le dire. — Mais porte donc cette
note. (Pierre va pour sortir à droite; il voit que Caroline est allée s'asseoir près du bureau et qu'elle sanglote; il revient près d'elle.) PIERRE.
Mademoiselle Caroline! excusez-moi, je vous appelais comme ça quand vous étiez petite; je ne savais pas beaucoup vous amuser, mais je vous consolais quelquefois. Si ma femme était là, elle vous dirait.. Mais je ne sais guère m'expliquer, moi 1
* CAROLINE, lui tendant la main.
N'importe! parle-moi, mon ami! je n'ai plus de père... je n'ai plus personne au monde pour me conseiller, pour me proléger...
PIERRE
Ah! je ne suis qu'un domestique, et je ne peux pas vous défendre ! Mais, en pensant à vos parents qui étaient si fiers, si