‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 208 sur 338 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CAROLINK, URBAIN.

CAROLINE

Voici les comptes, monsieur le marquis. (Eiie les po.se sur la

table et va pour sortir. )

URBAIN

Merci, mademoiselle; voulez -vous me permettre de vous adresser une. question ■?

CAROLINE

Oui, monsieur le marquis.

URBAI.N.

Vous parliez tout à l'heure de projets... Vous ne songez pas à quitter ma mère ?

CAROLINE

Prochainement... non! à moins que...

URBAIN

A moins que?...

CAROLINE

A moins qu'elle ne se lasse de mes soins... ou qu'on ne les juge plus nécessaires.

URBAIN

Ou que quelque chose... quelqu'un autour d'elle ne vienne à vous rendre la situation déplaisante à vous-même?

CAROLINE, descendant en scène.

Certainement! mais, jusqu'ici, tout le monde est bon pour moi:

URBAIN

Excepté moi... peut-être?

CAROLINE

Je ne m'aperçois pas...

URBAIN

Mon frère est certainement plus aimable et vous inspire plus de confiance...

J'ai confiance e» tout le monde, monsieur le marquis; je n'ai pas de secrets.

URBAIN

Si vous en aviez pourtant ?

CAROLINE

Je n'en aurai pas.

URBAIN

Mais si... malgré vous, on vous en confiait un?

CAROLINE

Je le garderais.

URBAIN

Pour vous seule ?

CAROLINE

Oui, monsieur le marquis.

URBAIN

Enfin... si cela vous concernait en quelque sorte... et vous faisait regretter d'être venue ici ?

acth: troisikme. 97

Je m'en irais.

URBAIN

Sans rien dire à ma mère?

A elle moins qu'à personne je ne voudrais être un sujet de trouble ou de chagrin.

UltBAIN.

Mais... à moi ?

CAROLINE

A vous, monsieur le marquis ?

URBAIN, avec effort.

Oui, voyons! parlons franchement. Si mon frère, qui est sincère et bon, mais trop prompt et très-étourdi , venait à vous embarrasser par une certaine familiarité...

CAROLINE, passant à droite.

Cela n'arrivera pas, monsieur le marquis; M. le duc est, je le crois, un galant homme, et je sais qu'il est de bonne compagnie, même dans ses plus grandes gaietés.

URBAIN, animé.

EnQn... sans manquer au respect qu'il vous doit, il pourrait vous créer certaines inquiétudes... certains étonnements, où mon conseil et mon appui vous seraient utiles. Nous avons é(é plus liés à Paris que nous ne le sommes ici, mademoiselle de Saint- Geneix ! Je me permettais quelquefois de vous consulter, et je me flattais de mériter un jour la même confiance; ici, les occupations, les affaires... et votre réserve qui semble augmenter

pour une cause que je devine peut-être... (Étonnemem de Caroline.)

Oui, mon frère, à son insu, vous a rendue circonspecte, craintive même, triste quelquefois, si je ne me trompe! Eh bien, je l'aime, j'ai de l'influence sur lui, il est excellent. Dites-moi franchement ce que vous pensez de ses discours, de ses manières, et je vous jure...

Je vous remercie, monsieur le marquis; rïiais je vous juro, moi, que je ne veux jamais soulever le plus léger dissentiment, In plus insignifiante discussion entre votre frère et vous. Donc, si j'avais à me plaindre de lui, personne ne le saurait.

URBAIN

JMème s'il vous donnait un grave sujst de plainte?

CAROLINE

Vous supposez l'impossible.

URBAIN, emporté.

Supposons l'impossible ! Vous partiriez?

CAROLINE

Laissez-moi croire que je dois être le seul juge de ce que j'aurais à faire.

URBAIN

Tiès-bien ! mademoiselle de Saint-Geneix, je souhaite que votre prudence soit à la hauteur de votre présomption ! (a part.)

Elle l'aime! (U entre dans son appartement, à droite.)

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