‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 219 sur 338 · D UNI ÈRES · texte numérisé non relu

D UNI ÈRES

Allons, bon! voilà autre chose !

DIANE . nu duc.

Et avec vous seul ; c'est très-amusant, le tète-à-lête.

D U N I E R E s , passant près de Diane.

Avec le duc ? Ah! mais, non.

LE DUC

Eh bien, qu'est-ce que ça vous fait? mon frère ou moi, n'est-ce pas la même chose ?

DUNliiRES.

Ce n'est pas du tout la même chose.

DIANE, au duc.

Papa Dunières a raison. Je ^eux causer avec vous, et je ne veux pas qu'on entende.

LA MARQUISE, à DuniL-res.

Eh bien, mon ami, allons-nous-en !

DUN lÈRES.

Jlais non, mais non!

DIANE

Miiis on n'est i»as forcé de s'en aller, (a Duniires.j Vous n'écoulerez pa= ?

'\a LE MARQUIS DE VILLEMER.

DUNIÈRES.

Si fait!

LA MARQUISE

Du tout. Nous allons faire une partie d'échecs , ça vous absorbera. (Ras, à DuDières.) Et VOUS fcrCZ Semblant de jouer. (EUe va placer le jeu sur le bureau.)

DUNIÈRES, allant au bureau.

Puisque vous le voulez, marquise, et que madame de Du-

nièreS n'en saura rien... (n s'assied vis-à-vis de la marquise, à gauche] LE DUC, à Diane.

Eh bien, cette confidence?

Ai-je dit que ce serait une confidence?

LE DUC

Je croyais.

DIANE, l'emmenant à l'extrême droite.

Soit. Eh bien, j'aime véritablement votre frère.

LE DUC

Et vous avez joliment raison !

DIANE

Vous trouvez ?

LE DUC

Certes!

DIANE

Gomme vous dites ça sérieusement!

LE DUC

Oh! mais oui ! je suis très-sérieux, moi, quand je m'y mets !

DIANE

Et vous vous y mettez souvent ?

LE DUC

Toutes les fois qu'il s'agit d'Urbain.

ACTF TROISIKME. llo

Donc, vou? m'approuvez de choisir votre frère ?

Je vous approuve et je vous admire.

DIANE

Eli bien, et vous qui l'admirez aussi ?

LE DUC

Oli! moi, je n'y ai pas de mérite. Je ne poux pas faire autrement ! vous le devinez, vous, et moi, je le connais. dianf:.

Alors, si je ne le plaçais pas d'emblée au-dessus de vous et de tous les autres hommes, je n'aurais pas le sens commun? Écoutez pourtant.

DUXliiRES.

J'écoute !

LE DUC

Ah! Dunièros !...

L A M A R Q U I s E , bns, à Duni^Tes.

Taisez-vous donc ! J'écoute aussi !

DIANE, au <liic.

Il m'a dit une chose qui me donne à réfléchir: «N'épousez jamais qu'un homme qui vous aimera passionnément! » Ça veut peut-être dire : « Moi, je ne vous aime pas du tout. »

LE DUC

Ou bien : «J'attends que la passion vienne vaincre la fierté. »

DIANE

Pourtant, dans les romans de chevalerie...

Oh ! dans les romans de chevalerie, toutes les dames ont pour marraines des fées, qui font qu'on les aime à première vue; au lieu que, dans le triste monde où nous vivons, il faut que la femme trouve en elle-même la puissance de son charme. La vôtre est réelle et de bon aloi; exercez-la. Devant un cœur jeune

et généreux, ayez confiance; et, comme vous ne ferez cet essailà qu'une fois en votre vie, faites-le à coup sûr, mon frère en est digne.

D UNIE RE s, entraîné.

Très-bien !

DIANE

Ah! vous écoutiez? C'est très-mal!

C'est possible; mais ce qu'il a dit, c'est très-bien! [ii se livo et va au duc.) Duc, VOUS êtcs un liommo charmant !

LE DUC

Quand je vous le disais !

DUNIÈRES, à Diane.

Sur ce, allons-nous-en; on n'y voit plus, et la partie d'échecs

s'en est ressentie. (Pierre entre avec une lampe aUuniée, qu'il pose sur la table.)

DIANE

Ah ! mademoiselle de Saint-Geneix est rentrée?

Oui, mademoiselle. [Il va fermer la croisée de droite et sort par le fond. )

DUNIÈRES.

Allons, partons !

DIANE

Mais attendez que je me résume. [Au duc.) Si vous alliez demander la voiture, vous?

LE DUC

C'est-à-dire que vous n'avez plus besoin de moi ici. [ii remonte et revient.) Faut-il atteler les chevaux moi-môme?

DIANE

Cehi n'est pas nécessaire; ils sont si raisonnables, qu'ils s'attellent tout seuls. (Le duc sort par le fond.)

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