D UNI ÈRES
Allons, bon! voilà autre chose !
DIANE . nu duc.
Et avec vous seul ; c'est très-amusant, le tète-à-lête.
D U N I E R E s , passant près de Diane.
Avec le duc ? Ah! mais, non.
LE DUC
Eh bien, qu'est-ce que ça vous fait? mon frère ou moi, n'est-ce pas la même chose ?
DUNliiRES.
Ce n'est pas du tout la même chose.
DIANE, au duc.
Papa Dunières a raison. Je ^eux causer avec vous, et je ne veux pas qu'on entende.
LA MARQUISE, à DuniL-res.
Eh bien, mon ami, allons-nous-en !
DUN lÈRES.
Jlais non, mais non!
DIANE
Miiis on n'est i»as forcé de s'en aller, (a Duniires.j Vous n'écoulerez pa= ?
'\a LE MARQUIS DE VILLEMER.
DUNIÈRES.
Si fait!
LA MARQUISE
Du tout. Nous allons faire une partie d'échecs , ça vous absorbera. (Ras, à DuDières.) Et VOUS fcrCZ Semblant de jouer. (EUe va placer le jeu sur le bureau.)
DUNIÈRES, allant au bureau.
Puisque vous le voulez, marquise, et que madame de Du-
nièreS n'en saura rien... (n s'assied vis-à-vis de la marquise, à gauche] LE DUC, à Diane.
Eh bien, cette confidence?
Ai-je dit que ce serait une confidence?
LE DUC
Je croyais.
DIANE, l'emmenant à l'extrême droite.
Soit. Eh bien, j'aime véritablement votre frère.
LE DUC
Et vous avez joliment raison !
DIANE
Vous trouvez ?
LE DUC
Certes!
DIANE
Gomme vous dites ça sérieusement!
LE DUC
Oh! mais oui ! je suis très-sérieux, moi, quand je m'y mets !
DIANE
Et vous vous y mettez souvent ?
LE DUC
Toutes les fois qu'il s'agit d'Urbain.
ACTF TROISIKME. llo
Donc, vou? m'approuvez de choisir votre frère ?
Je vous approuve et je vous admire.
DIANE
Eli bien, et vous qui l'admirez aussi ?
LE DUC
Oli! moi, je n'y ai pas de mérite. Je ne poux pas faire autrement ! vous le devinez, vous, et moi, je le connais. dianf:.
Alors, si je ne le plaçais pas d'emblée au-dessus de vous et de tous les autres hommes, je n'aurais pas le sens commun? Écoutez pourtant.
DUXliiRES.
J'écoute !
LE DUC
Ah! Dunièros !...
L A M A R Q U I s E , bns, à Duni^Tes.
Taisez-vous donc ! J'écoute aussi !
DIANE, au <liic.
Il m'a dit une chose qui me donne à réfléchir: «N'épousez jamais qu'un homme qui vous aimera passionnément! » Ça veut peut-être dire : « Moi, je ne vous aime pas du tout. »
LE DUC
Ou bien : «J'attends que la passion vienne vaincre la fierté. »
DIANE
Pourtant, dans les romans de chevalerie...
Oh ! dans les romans de chevalerie, toutes les dames ont pour marraines des fées, qui font qu'on les aime à première vue; au lieu que, dans le triste monde où nous vivons, il faut que la femme trouve en elle-même la puissance de son charme. La vôtre est réelle et de bon aloi; exercez-la. Devant un cœur jeune
et généreux, ayez confiance; et, comme vous ne ferez cet essailà qu'une fois en votre vie, faites-le à coup sûr, mon frère en est digne.
D UNIE RE s, entraîné.
Très-bien !
DIANE
Ah! vous écoutiez? C'est très-mal!
C'est possible; mais ce qu'il a dit, c'est très-bien! [ii se livo et va au duc.) Duc, VOUS êtcs un liommo charmant !
LE DUC
Quand je vous le disais !
DUNIÈRES, à Diane.
Sur ce, allons-nous-en; on n'y voit plus, et la partie d'échecs
s'en est ressentie. (Pierre entre avec une lampe aUuniée, qu'il pose sur la table.)
DIANE
Ah ! mademoiselle de Saint-Geneix est rentrée?
Oui, mademoiselle. [Il va fermer la croisée de droite et sort par le fond. )
DUNIÈRES.
Allons, partons !
DIANE
Mais attendez que je me résume. [Au duc.) Si vous alliez demander la voiture, vous?
LE DUC
C'est-à-dire que vous n'avez plus besoin de moi ici. [ii remonte et revient.) Faut-il atteler les chevaux moi-môme?
DIANE
Cehi n'est pas nécessaire; ils sont si raisonnables, qu'ils s'attellent tout seuls. (Le duc sort par le fond.)
ACTK THOlSIKMn:. 117