‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 228 sur 338 · CAROLINE, LE DUC, URBAIN · texte numérisé non relu

CAROLINE, LE DUC, URBAIN

LE DUC, entrant par le fond, et ramenant Caroline, qui voulait sortiv.

Qu'est-ce que c'est? on se boude? on vient de se dire adieu ? Allons donc! il s'agit bien de ça, enfants que vous êtes! philosophes sans foi, je devrais dire! Écoutez-moi... Victoire! Il fallait un miracle pour vous rapprocher... Eh bien, ce miracle... il est accompli!

CAROLINE

Monsieur le duc...

LE DUC

.Mademoiselle de Saint-Geneix, laissez-moi dire, vous n'avez pas la parole !

URBAIN

Dis donc vite!

LE DUC

Oui.... mais, j'étouffe! Yeux-tu me permettre de sauter un peu par la chambre pour me remettre? (ii passe à droite.) Non, tu t'impatientes! Eh bien, apprends la nouvelle la plus... Madame de Sévigné elle-même n'aurait pas d'épithètes! (n revient au milieu.) Dunières est là, avec sa pupille, et ma mère, qui est aux trois quarts folle d'étonnement et de joie !

Pourquoi tant d'étonnement?

LE DUC

Ah çà ! tu ne comprends donc pas?...

URBAIN

Mais non I

LE DUC

C'est moi !

C'est toi?...

ACTK OL'ATfilKMK. i:})

LK DLC.

Oui, c'est moi qui suis choisi, c'est moi qui plais, c'est moi qu'on trouve charmant, c'est moi qui ai donné la poupée, c'est moi qu'on aime, enfin c'est moi qui épouse Diane de Saintruilles !

Il totnbo sur le canapé.)

U R B A I N , transporté.

Ail! mon frère, que j'en suis heureux!

LE DUC

Et moi, donc! Mais comme c'est drôle ! Je suis né coiiïé, ma parole d'honneur! Croyez donc à la justice dislributive en ce monde! Moi, ruiné, usé... (a se lève.) Qu'est-ce qui a dit ça ? Je suis jeune, je suis pimpant, je suis leste, je suis éblouissant ! J'ai beau me déi:uiser, m'effacer, me tenir dans mon coin, il y a en moi ce je ne sais quoi qui veut que tout me réussisse, et qu'ciprès avoir tout gaspillé, je trouve une fille charmante, une fleur de printemps, une âme pure, généreuse, avec un grand nom et avec une grande fortune qui l'élève encore, puisqu'elle s'en sert pour me sauver l'honneur!

LRBAIN.

Comment cela?

LE DUC

Tu ne le devines pas, toi, mon cher créancier? (Mouvement d'iibain.) 11 n'y a pas à dire non; mon honneur est celui de ma femme. Elle voulait rembourser ma reère aussi ; c'est ma mère qui n'a pas voulu. Chère mère ! à nous trois, quelle existence splendide nous lui ferons!... Et loi, qui te sacrifiais, on n'a plus rien à le demander que d'être heureux. — .Mademoiselle de Saint-Geneix, tout le monde ici vous respecte et vous aime; il ne vous manque, pour être tout à fait la fille de ma mère, que d'êlre la femme de son fils, et, quant à son fils, vous savez bien, ma chère sœur, qu'il vous adore? Dites un moi, tendez-lui seulement la main, et voila deux beaux et bons mariages décidés en un quart d'heure.

CAROLINE

Mais... je proteste... Je...

136 LE MAROUTS DE YILLEMER.

LE DUC

Comment?

URBAIN

Ah! Gaétan, tu le vois! C'est ma faute, je n'ai pas su me faire aimer!

CAROLINE, éperdue.

Aimer!... (se reprenant.) Non 1 c'ost un rêve! Vous ne m'aimez pas, vous ne devez pas m'aimer !

LE DUC

Mademoiselle de Saint-Geneix, ne mentez pas pour la première fois de votre vie. J'ai été aveugle, moi ! mais une femme ne peut pas l'être à ce point. Yous n'avez peut-être pas voulu voir la passion de mon frère, une personne pure comme vous résiste longtemps à l'évidence; mais vous avez dû, malgré vous, sentir Tamour dans l'air que vous respiriez, et, à présent qu'il n'y a plus d'obstacle entre vous, ouvrez les yeux et laissez parler votre cœur.

CAROLINE

Mais je vous jure...

URBAIN

Tu vois, elle proteste !

Eh bien, si elle ne t'aime pas encore, elle t'aimera, mordieu! il faut qu'elle t'aime, elle le doit!

URBAIN

Gaétan !

LE DUC

Laisse-moi dire! Elle a au moins une amitié immense pour ma rnère, elle en aura une pareille pour... pour celui qu'elle ne connaît pas encore, pour ton fils !

CAROLINE, se rapprochant.

Son fils ?

URBAIN, au duc.

Eh bien, oui! parle-lui de mon fils, dis-lui tout!

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