‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 227 sur 338 · CAROLINE, URBAIN · texte numérisé non relu

CAROLINE, URBAIN

CAROLINE, venant par la galerie.

Eh bien, monsieur le marquis, votre déjeuner?...

URBAIN

Et vous, vous ne songez donc pas à vous reposer?

CAROLINE

Pour une nuit de veille bien tranquille? Ce n'est rien pour moi, cela, monsieur le marquis. J'en ai passé bien d'autres!

URBAIN

Alors, vous ne voulez pas que je vous remercie?...

CAROLINE

Me remercier de quoi ?

URBAIN

De ce que vous eussiez fait pour tout autre, pour le premier venu, je le sais. Vous êtes charitable; mais, moi...

CA ROLINE.

Pierre vous attend pour vous servir... (Eiie veut sortir.)

URBAIN

Mademoiselle de Saint-Geneix, restez, je vous en prie! J'ai des choses sérieuses à vous dire!

CAROLINE, descendant en scène.

Alors, donnez-moi vos ordres, monsieur le marquis.

Ne me parlez pas ainsi, vous me faites beaucoup de mal. J'ai été, depuis quelque temps, très-brusque, presque impoli, peut-être même amer et blessant avec vous.

CAROLINE

Je ne m'en suis pas aperçue, monsieur le marquis.

URBAIN

C'est-à-dire que vous ne voulez pas me pardonner.

CAROLINE

Ou que je n'ai rien pris pour moi de vos brusqueries.

URBAIN

J'ai été bien ingrat; car je vous devais les seules heures vraiment douces que j'eusse rencontrées dans ma triste vie. Cette intimité de Paris auprès de ma mère était pure et charmante; vous me donniez une âme nouvelle, car vous faisiez naître en moi un sentiment nouveau, la confiance en moi-même. Nous nous entretenions des choses les plus élevées et les plus saines pour l'esprit, et la droiture du vôtre éclairait le mien. II m'était bien impossible de ne pas éprouver pour vous, qui me faisiez vivre tout entier pour la première fois, une profonde reconnaissance, une respectueuse et tendre amitié. Depuis, mon état

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miiliulif que je cachais et qui s'ost, hii-r, tnilii devant vou-, m'a privé (le toule expansion. Votre pitié m'a pardonné mon ii'.ailicur; mais, ce pardon, acconlcz-le-nioi tout haut. Ne laissez plis sur ma conscience, déjà bien assf-z troublée, le remords d'avoir froissé un cœur aus>i généreux (ju ■ le vô re, et |)eut-èlre méconnu un caractère dont la grandeur m'écrase... Je suis trèscoupable cnxers vous... Laissez-moi m'accuscr et vous offrir la réparation que je vous dois!

CAROLINK, passant -i droite.

Je ne veux pas que vous vous accusiez, monsieur le marquis; si vous m'avL'z quelquefois m;d jugée, je ne veux pas le savoir. Tout cela n'est pas si grave, et je me suis dit, à l'occasion, tout ce que je devais me dire pour m'en consoler.

URBAIN

Vous vous êtes dit...?

CAROLINE

Que j'étais au milieu de vous, ici, une étrangère à qui l'on avait bien voulu escompter l'estime et laconfunce qu'elle saura justifier avec le temps.

Vous!... une étrangère ici!... Vous qui...

CAROLINE

Une bonne infirmière si vous voulez, et qui est encore votre obligée, puisque vous avez été un bon malade, beaucoup trop

reconnaissant. (EUe se dirige vers le fond.)

URBAIN, éperdu.

Caroline, écoutez-moi, il le faut!

CAROLINE, avec efTort.

Non, il vous faut du calme, et à moi... puisque vous l'exigez... il faut du repos. {Elle remonte à gauche.) LE DUC, en dehors.

Urbain! Urbain!

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