‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 231 sur 338 · ACTE nr A Tlili:. ME · texte numérisé non relu

ACTE nr A Tlili:. ME

LA MAuyuisi:.

Grand enfant!

Li: DUC.

Chère maman, en nous voyant tous les deux à vos jiieds, vous devinez bien, n'est-ce pas, que nous avons quelque chose d'énorme à vous confesser?

L A M A n Q U I s E , regardant Urbain.

Tous les deux?

LE DUC

Oui, moi d'abord. Avanl-hier... hier encore, j'étais amoureux, oh ! mais, amoureux sérieusement, de mcidemoisell • de Saint-Geneix, et j'étais tout prêt à vous demander la permi;;sion de le lui dire.

LA MARQUISE

Allons donc! mais vous ne le lui avez pas dit?

LE DUC

Peut-être que si, un peu ; mais elle n'a pas compris et ça revient au même.

LA MARQUISE

Après ?

LE DUC

Après... c'est-à-dire avant, bien longtemps auparavant, car cela a commencé le jour où Caroline est entrée chez nous, monsieur mon frère que voilà, qui ne dit rien, et qui vous prend la main, était, comme moi... qu'est-ce que je dis? beaucoup plus que moi, amoureux d'elle.

Ilein! vous dites?...

LE DUC

Je dis que, depuis le jour où Caroline...

LA MARQUISE

Vous. Urbain?

URBAIN

Oui, ma mère.

142 LE MARQUfS DE VILLEMER.

LE DUC

Que voulez -vous! ça ne pouvait pas être autrement. Vous auriez eu dix fils qu'ils auraient été tous les dix amoureux de mademoiselle de Saint-Geneix ; et nous serions tous les dix, aujourd'hui, à genoux, comme ra, en rond, autour de vous, par rang d'âge... Comment n'aviez-vous pas prévu ça?

LA MARQUISE

C'est vrai ! j'aurais dû le prévoir; mais... elle ne sait pas?

LE DUC

Elle sait tout.

LA MARQUISK, se levant.

Comment !

LE DUC

C'est moi qui le lui ai dit, là, tout à l'heure.

LA MARQUISE, à Urbain.

Mais vous avez donc l'intention de l'épouser?

LE DUC

Il a cette intention. Je l'iù bien eue, moi!

URBAIN, se levant.

Et quelle autre intention puis-je avoir envers une femme que je respecte et que vous estimez ?

LA MARQUISE, passant à gauche.

C'est vrai. Ah! mon Dieu! mais voilà qu'au milieu de mon bonheur, vous me foudroyez, mes enfants!

LE DUC

Pourquoi donc? C'est un bonheur de plus qu'on vous apporte, au contraire ! Est-ce que vous pouvez vous passer de Caroline ? La voilà à vous pour toujours.

LA MARQUISE

Il no s'agit pas de moi, ne me pirlez pas de moi. (EUe passe entre eux.) Votrc frère doit faire un plus grand mariage que cela, un mariage égal au vôtre.

ACTH OUATHIK.Mi:. 143

Li: DUC.

yU\ chère mùro, mon frère doit f.iirc le mariage qui l'ompèclicni (rèiro midliourcux. lri^le cl soullhmt comme vous le voyez

(Icjiuis trois ans. (rrbain fait si^'ne au fluc de no |i,-;s inqiii.-tfr sa mr-re.) L A M A R y U I S !•: , ofFrayoe , allniil !, Irhain.

Souffrant? Vous étiez malade, Urbain? J'en étais sûre.

L RBAiN.

Non, ma mère... au moral, cela, je TaNOue; mais ce chagrin s'effacerait pour toujours si vous décidiez mademoiselle de SainL- Geneix à {)artager ma vie.

LA MARQUISE

Elle résiste, alors? elle compiotid...?

URBAIN

Elle croit que vous avez des idées... que je n'espère pas modifier; je ne les ai jamais froissées, jamais discutées. Quelles que soient les miennes, de vous, ma mère, tout me semble sacré. Aussi je ne plaide pas une cause devant vous, je demande à votre amour pour moi un grand et sérieux sacriûce.

LA MARQUISi:.

Urbain... que me dem;indez-vou5 là ?

LF. DUC.

Un sacrifice que vous vous exagérez tous les deux. Il ne faut pas raisonner ici, ma chère mère, il faut vous souvenir.

LA MARQUISE

Me souvenir de quoi ?

LE DUC

D'avoir été jeune. (Mouvement de la marquise.) Oll ! jC la SaiS, mol,

cette touchante histoire de vos belles années. Il y a des souvenirs qui frappent les enfants, parce qu'ils les frappent au cœur. Je me rappelle que mes nobles parents, un tas d'hidalgos, tous descendants du Cid en droite ligne! ne trouvaient pas !e marquis de Yillemer assez titré pour devenir mon beau-père. C'est pourtant le seul père que j'aie connu^ et il vous a rendu U plus heu-

14'j LE MAUOUIS DE YILLEMER.

roiisG (K^>^ femmes. Eh bien, je suppose que, parmi ses ancêtres, il y eût eu deux ou trois généraux de moins et un conseiller au par'ement de plus, votie mariage eiit-il été moins respectable, votre amour moins légitime, votre bonheur moins pur? Je n'en crois nen, et permettez-moi de vous le dire, vous n'en eussiez [■■as moins chéri cet homme qui était digne de vous, et fait ce m riage auquel je dois le meilleur temps de ma vie et le meilleur des frères.

LA MARQUISE, qui pleure.

Tl l'adore donc, cette Caroline? (a urbain.) C'est elle seule qui peut te rendre heureux?

URBAIN

Oui, ma mère, et, si je t'ai quelquefois prouvé mon dévouement...

LA MARQUISE

Si tu me l'as prouvé! Mais elle, elle t'aime donc?

URBAIN

Ah! qui sait?

LA MARQUISE, passant à gauche.

Va la chercher.

URBAIN

Vous lui direz...?

LA MARQUISE

Que, si elle ne t'aime pas, elle est folle, [urbain jette un cri de

joie, ombrasse sa mère et sort par le fond.)

SGÈINE VIII.

LA MARQUISE, LE DUC, puis LÉONIE.

LE DUC

Et moi?

Toi, tu as une langue, une mémoire, une audace... Tu es le

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