‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 239 sur 338 · ACTE OrATIlIKMI · texte numérisé non relu

ACTE OrATIlIKMI

Li: DUC.

Monsiour Piorro, madeniDiselIn do Saint-Gonoix était ici il n'y a pas un quart d'iieurc. Elle n'est plus choz nous, mais olle no peut être loin. Elle vous attend, car vous lui êtes trop dévoué pour la laisser partir seule. Vous ne direz pas où elle est, parce que vous avez promis de ne pas le dire et que votre conscience est inflexible. Ai-je deviné ju>te ?

PIERRi:.

Oui, monsieur le duc.

LE DUC

Eh bien, monsieur Pierre, voulez- vous vous charger de porter une lettre ouverte à mademoiselle de Saint-Geneix?

PIERRE

Oui. si M. le duc me donne sa parole d'honneur que personne ne me suivra.

LE DUC

Je vous la donne, (n écrit.) Personne avant la réponse de co

billet ne bougera d'ici, (pierre prend la lettre et sort par le fond.) LA MARQUISE.

Gaétan, peut-on savoir ce que vous avez écrit?

LE DUC

Trois mots : « On vous calomnie. «

URBAIN, avec élan et en se levant.

Elle viendra !

Vous en êtes sûr, mon fils ? Attendons.

URBAIN

Mais qui donc la calomnie ? et auprès de qui?

LE DUC

Tu le demandes? est-ce que la marquise de Villemer aurait, au mépris de sa parole, (Mouvement de la marquise.) iaissé partir ma-

160 LE MAllQUIS DE YILLEiMER.

demoiselle de Saint-Geneix, si quelqu'un n'eût réussi à lui faire croire qu'elle n'était pas digne de toi?

URBAIN

Oui donc a eu l'infamie...?

LE DUC

Ohî ce n'est aucune des personnes qui sont ici...

DUNIÈRRS.

Ce serait donc la baronne?

DIANE

Oh ! c'est impossible!

URBAIN

Ma mère, répondez.

LE DUC

Si ma mère a promis de ne pas répondre aux questions, ellene répondra pas.

URBAIN, avec énergie.

Non V ma mère n'aurait pas accueilli le mensonge en se retirant le moyen de connaître la vérité.

LE DUC

Et pourtant mademoiselle de Saint-Geneix est partie. Urbain, pour ne pas craindre de briser ta vie, notre mère a eu des motifs plus sérieux qu'un peu d'ambition déçue. [Mouvement de la marquise.) Elle cst généreuse ! ... elle se tait! Il faut que Caroline vienne et elle viendra !

DUNIÈRES.

Mais elle ne vient pas.

DIANE, allant vers le fond.

Elle est peut-être déjà un peu loin.

PIERRE, annonçant.

Mademoiselle de Saint-Geneix.

A CI H OL'ATRli:.ME. ICI

scÈisr: \iv.

DL'NltRES, DIANE, UKBAIN, CAROLINE, LE DUC, LA M A un LIS H.

URBAIN, courant à Caroline.

Mademoiselle de Saint-Geneix, vous êtes la victime d'une perfidie odieuse, écrasez-la sous vos pieds, parlez !

CAROLINE, pâle et froide.

J'ignore qui m'accuse et de quoi l'on m'accuse. J'attends qu'on m'interroge et j'ai le droit de l'exiger.

Ma mère... vous l'entendez!

LA MARQUISE

Oui, et je vois que la crise est inévitable. J'ai voulu l'adoucir en provoquant la confiance des uns, en invoquant la prudence des autres; mais on appelle ambition déçue ma répugnance à frapper un coup qui brise toutes nos âmes et ruine toutes nos espérances! (EUe passe près de Caroline.) J'aurui doHC le courage de m'expliquer devant tous, puisqu'on m'y contraint. Pourquoi non, après tout? La famille de Villemer ne doit pas plus avoir de secrets que de situations fausses et douteuses, (s'adressant au duc.) Monsieur le duc, inspiré par un sentiment chevaleresque mais imprudent, puisqu'il devait être de courte durée, vous avez ciu pouvoir adresser vos hommages à mademoiselle de Saint- Geneix; elle vous a écouté, je le sais, et cela mystérieusement, car elle m'en a refusé l'aveu. Elle a certainement rejeté vos offrt-s, puisque vous vous croyez libre; mais je crois pouvoir altirmer, moi, qu'elle souffre de son sacrifice et que c'est là le motif de son départ. Comprenez donc que mon devoir est d'aller plus loin et de vaincre des scrupules qui ne demandaient sans doute que mon consentement pour céder. N'abusez pas cetter noble enfant (Elle montre Diane.) qui VOUS croyaït dégagé de tout lien: n'entre-

tenez pas chez votre frère des émotions que vous ne pouvez pas comprendre, mais qui le tuent : épousez mademoiselle de Saint- Geneix. Certaines questions de délicatesse, monsieur, équivalent à des raisons d'honneur.

LE DUC, indigné.

Madame!... pardonnez-moi, ma mère ! [La marquise retourne ;\ l'extrême droite.] Mais VOUS me faitcs bien cruellement expier le passé! Vous m'accusez d'une infamie!

LA MARQUISE

Non ! d'une grande légèreté.

Certaines légèretés sont des crimes, et c'en serait un que d'avoir troublé le repos d'une personne respectable pour offrir le lendemain mon lâche cœur à une autre. Tenez, je ne peux pas répondre devant cet ange qui daignai-t croire en moi ! ni devant cette autre pureté qui est là, écoutant avec stupeur les révélations que vous lui faites! Mon Dieu! je me croyais absous, régénéié, purifié; j'étais tout enthousiasme, sincérité, dévouement, persuasion; je me croyais digne enfin d'appeler celle-ci ma sœur et celle-là ma femme! Et voilà que, sur un soupçon que je devine et que vous regretterez, ma pauvre mère, vous

avez tout brisé ! (n tombe sur le canapé.) DIANE.

Tout brisé ! Non, rien, voyez. (Elle embrasse Caroline.) LE DUC, se relevant avec impétuosité.

Ah ! que je vous aimerai, vous !

URBAIN, au duc.

Mais elle, enfin, qu'a-t-elle donc fait pour qu'on ose lui infliger la torture d'une pareille enquête?

LE DUC, avec force.

Ce qu'elle a fait? Elle a passé la nuit ici à te veiller, après l'avoir trouvé là, blessé, évanoui, mourant, tandis que moi,

Page 1