‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 249 sur 338 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Précédents. MORTEMER.

MORTEMER

Pardonnez-vous à un inconnu, madame, la hardiesse qu'd a de franchir votre porte, sans autre excuse que celle qu'il attend de votre bonté ?

c L E M 1-- N C E , lui indiquant un siège.

Vous êtes lout pardonné, monsieur: ces dames et moi ne saurions considiM'er comme une faute le désir de nous voir.

MORTEMER, s'asseyant ^.

Toutefois, madame, si grand que fut ce désir, et malgré le litre de voisin que je pouvais peut-être invoquer, je ne me serais pas cru suffisamment autorisé à solliciter l'honneur de votre accueil, si je n'avais eu la fortune de trouver un excellent... ( s'amMant en souriant.) Si je d'is prétexte, madame, l'entendrez-vous?...

CLÉMENCE

Dites-le bien vite, alors!...

MORTEMER, gaînient.

Mais, je me hâte d'ajouter... sérieux!

Nous le pensons bien.

ai 0 R T E ]M E R .

Très-sérieux. — Vous voyez en moi, mesdames... .le ne sais, en vérité, comment dire cela, car je crois bien que le mot n'existe pas... J'ose me présenter au nom de pauvres gens du pays, poyr qui je fais une quête de bienfaisance... (surprise des femmes, qui se

regardent. — Continuant.) DcS incendiés... Mon Dicu , OUi! — Pau-

vres gens, bien à plaindre, très-intéressants... Et enfin, c'est en frère quêteur que j'ose venir à vous, ou si vous l'aimez mieux...

en dame de charité ! (Petit rire étouffé de clémence et d'Antoinette. — Souriant.) J'attendais un peu de surprise, en effet!

c L É M E rs C E .

Pardonnez-nous, monsieur, mais...

Oh! madame, je no m'abuse pas! — Évidemment, je fais tort à la charité que je représente : elle aime à s'offrir sous un aspect plus séduisant... qui est le vôtre ; et j'usurpe des fonctions qui sont à vous, aussi sûrement que les ailes sont aux anges... Aussi, me voyez-vous bien décidé à ne pas dire un mot de mon rôle! — Je vous abandonne entièrement le soin de plaider vous-mêmes la cause de mes protégés... et je ne veux être ici que la main qui

1. Tous en demi-cercle, Clémence sur le canapé à gauche, Mortemer, Rebecca, Louise, assises derrière le guéridon et travaillant, Antoinette près de la table.

ACTK 1'IU:MIHU. V)

reçoit, tandis que vous serez tout à la fois \i\ cœuv (\\\\ (lemiinMe et celui qui donne! — Deux cliiirités pour une!

(LKM KNf. i:.

II n'est pas possible, monsieur, de s'efïacer avec plus de grâce dans une action qui vous fait le plus grand honneur. Voici mon

obole pour ces pauvres gens. (Mortemer se l.'ve et re<;oit son ofTrnnde.^ HEBECCA.

Et la mienne. (M.-me jeu de Mortemer.) LOUISE.

Et la mienne. 'Même jeu.)

Que ne puis-je, en leur portant tout cet or, mesdames, j:arder

pour moi tous les sourires! (ll tend la main h Antoinette.) ANTOINETTE, se levant et galment.

Ce serait d'autant plus à propos, monsieur, que je n'ai que cela à vous offrir!

CLhhlENCE.

Voici i)0ur ma^sœur, monsieur.

J'aurais fait crédit à mademoiselle, sur l.i mine.

CLÉMENCE

Et maintenant, monsieur, il nous reste à faire excuser la surprise que nous avons témoignée tout à l'heure; mais, vraiment, votre démarche est si peu d'accord avec le caractère que l'on vous prête...

MORTEMER. gainient, et se rasseyant.

Je vois bien, madame, que ma réputation m'avait précédé; mais, s'il fut un temps où elle valait mieux que moi... aujourd'hui, je vaux un peu mieux qu'elle. Les années sont venues, apportant la sagesse !

REBECCA

Et vous voilà ermite !

MORTEMER

Je ne veux pas relever la malice de l'expression qui me compare à un vieux diable.

16 LES VIEUX GxVRCONS.

CLÉMKNCi:.

LOUISE

Enfin, pénitent !

Et solitaire!

MORTE MER

Oh! mais ni l'un ni l'autre!

TOUTES

Ah!

MORTEMER

Vous l'avouerai-jc?... On peut l'avouer.

CLÉMENCE et REBECCA.

Oui, oui!

MORTEMER

Eh bien ! je ne me repens pas du tout!... mais du tout!

REBECCA

Ah!

MORTEMER

Et quant à la solitude, ce n'est pas une antipathie! c'est une horreur !

REBECCA, vivement.

Ah! comme je comprends cela !

MORTEMER

Mondain j'étais... et mondain je suis resté!... L'été, je vague; mais, aux premiers froids, il me faut vite mon Paris, ses bals, ses théâtres et surtout, oh! surtout, celles qui sont à sa splendeur ce que le regard est à la tendresse, ce que l'éclat de rire est à la gaîté!... surtout... vous, mesdames! Que je me résigne à ne plus vivre par vous, oui, peut-ôtre... mais que je consente à ne plus vivre près de vous... j;imais! Qu'une seule ne remplisse pas. mon existence... comme autrefois! soit!... mais à la condition que toutes seront là pour la charmer... Et enfin, permettez-moi cette image un peu surannée, tandis que nos jeunes gens ne sont pas là pour en rire... Je renonce bien à cueillir les bouquets... mais (pi'on me laisse le jardin!...

ACTK pmi:mii:m. 17

REBKCCA,

Mais voilii une in:inière do rotraite tout à fait galante.

MOUTKM l-A\.

Alil je crois bieti! si vous saviez quelle douceur- [lour un xicuv garçon tel que moi...

CLKMENCi:.

Oh! vieux...

Si! si! je ne me fais pas illusion: je suis vieux!... Savez-vous bien que j'ai quarante-huit ans tout à l'heure!

REBECCA

Eh bien ! c'est la seconde jeunesse, la bonne pour un Imnime!

-MORTE.MER, ravi.

Peut-être!... peut-être!...

CLÉMENCE

Et j'en sais plus d'un de trente ans...

MORTE M ER, .le même.

Oh! sûrement!... sûrement!... Il est incontestable que je me porte admirablement bien et que je ne fais pas une très-grande différence de ce que je suis aujourd'hui à ce que j'étais il y a dix ans !

' REBECCA

Vous voyez bien !

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