‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 265 sur 338 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

NANTYA.

De sorte que je n'aurai pas le plaisir de la saluer ce soir?

CIIAVENAY.

Vous la verrez demain, cher ami... quand vou^ viendrez causer avec moi de cette grave affaire... qui me regarde un peu, et que je pourrais bien pressentir!

NANTYA, vivement.

Oh ! je ne crois pas !

CH AVEN A Y, souriant.

Me permettez-vous d'en parier devant Du Bourg ?

NANTYA.

Assurément! [du Bour? descend.)

CHAVENAY.

Eh bien! vous voulez vous marier, mon cher Nantya, et vous venez à Paris pour demander la main de la jeune personne... Y suis-je un peu ?

N A N TVA, un peu embarrassé.

En effet... il s'agit de...

CHAVENAY.

Une personne que vous aimez beaucoup... et qui pourrait bien vous le rendre?...

NANTYA, très-ému.

J'espère, du moins, ne pas lui être indifférent... Mais la connaissez-vous donc?

CHAVENAY.

Mais, un peu!... s'il s'agit, comme je pense, de mademoiselle Antoinette, ma soeur!

NANTYA.

Ah! vous avez deviné que...

CHAVENAY, galment.

Mais allez donc, grand enfant! Parlez donc!... Voilà trois mois que je vous attends pour vous dire : Oui, et de grand cœur!

N A NT Y A

Et moi, je vous remercie de toute mon àme; mais, en vérité, vous ne me laissez pas le temps de vous dire...

CHAVENAY.

Quoi donc?

NANTY A.

Que cela ne va pas aussi droit que votre amitié et que mon amour le désirent!...

CHAVENAY.

Parce que?.

Je vais...

DU BOURG, fausse sortie.

N A N T Y A , prenant le milieu.

Non, non; demeurez, je vous en prie, cher monsieur! La présence d'un homme d'honneur n'est pas de trop pour l'aveu que je vais faire.

CHAVENAY.

Eh! mon Dieu, quel aveu donc, cher Nantya?

NANTYA.

Hélas! que le nom que vous venez de me donner n'est pas le mien.

CHAVENAY.

Vous ne vous appelez pas de Nantya?

NANTYA.

Ce n'est qu'un nom de terre!

CHAVENAY.

Et l'autre?

NANTYA.

L'autre... Je ne le porte pas, par un scrupule que vous trouverez peut-être exagéré, et qui m'a paru pourtant bien naturel. Il me semble qu'un homme ne peut légitimement porter que le nom de son père. Or, ma mère... ma mère vivait séparée de son mari, après une faute dont je suis la triste preuve, et qu'elle a trop sévèrement expiée pour que je conserve d'elle un autre souvenir que celui de son adorable bonté! Dès que je sus la vérité, et que je

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portais le nom d'un hommo q«ii no ni'élait rien, j'eslimai que c'était assez d'avoir volé son honneur, sans encore lui voler son nom. Celui de mon véritable père, je l'ignorais; et d'ailleurs, jo n'y avais aucun droit. Et c'est alors que je me déridai à garder ce titre de Tune de mes terres, que ma mère avait pris pour elle et pour moi. Voilà, mon ami, comment je suis M. de Nantya pour tout le monde, ex'ceplé pour vous, à qui je devais cette vérité... afin que vous décidiez si elle est un obstacle à mon bonheur.

CHAVEXAV.

J'avais quelque idée de tout cela, cher ami, et je n'y ai jamais vu qu'une petite difficulté, que nous lèverons facilement. A quelque titre que ce nom vous appartienne, vous l'avez fait celui d'un honnête homme, et c'est l'honnête homme que nous épousons!... Par conséquent...

N A N TVA.

Je puis espérer, toujours?...

CFIAVENAV, lui tendant In main.

Tout!

NANTYA, la serrant avec effusion.

Ah! vous êtes le meilleur des hommes!

CIIAVENAV.

Et des beaux-frères!... Voulez- vous que je prévienne dès ce soir madame de Ghavenay?

N A N TVA.

Non, non!... Oh! je vous en prie! Pas un mot à personne que je n'aie vu d'abord mademoiselle Antoinette! J'ai dû vous demander sa main... mais son cœur, il n'y a qu'elle pour le donner!

Et vous voulez que je vous autorise à lui faire votre cour?...

NANTYA.

Mais il me semble, oui!

cil \ V E N A Y. à Du Bourg *.

Ils sont charmants ces amoureux! Voilà trois mois qu'il la fait.

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