Antoinette, Mortf mer
M 0 R T E M E R , la regardant de tous ses yeux.
Ah! cette joie naïve qui me ravit!
ANTOINETTE
Vous n'éprouvez donc rien de tel au spectacle ?
MORTEMER
Hélas! non, il y a si longtemps que j'y vais, moi!
ANTOINETTE
Pas moi!..', je pleurais au Miserere. Ce comte de Luna me faisait une frayeur!... Ah! quand il chante, tenez!... (EUe chante en
imitant sa voix et son accent.)
.Te songe avec ivresse
Aux tourments de sa mort! '
Bravo !... continuez !... c'est d'un accent !...
ANTOINETTE
Oui, oui, vous pouvez vous moquer de moi! Je sais bien que je n'ai pas de voix... mais c'est Léonor qu'il faut entendre! Et cette musique!... Comme cela parle et vous vient là... au cœur!... mais au cœur... il n'y a pas à dire !... Et c'est un frisson !... (EUe
frissonne.) Oh! CCttC musiquo!... (EUe joue doucement.)
MORTEMER, accoudé sur le piano, la regardant, la tête entre ses mains, à lui-même, lentement.
0 jeunesse! fraîcheur! printemps! aurore! — Et dire qu'à son premier amour il en sera de môme!... Oui, le même feu!... la même ardeur !... le même!... décidément, elle est adorable!...
ANTOINETTE, s'interrompent.
Seulement, dans ce duo, qu'est-ce qu'il lui dit à cette femme?
MORTEMER^
Le comte!... mais vous avez bien compris ?
ANTOINETTE, assise au piano, toujours, en se retournant vers lui.
A demi!... Elle lui crie : Sauvez-le!... Sauvez le prisonnier.