ACTE DEUX Ii: ME
que vous seriez heureux de me donner une preuve de votre gratitude et de votre amitié? Eli bien, celle preuve, donnez-lamoi en pardonnant à madame Barantin.
BAR A NT IN
Vous savez aussi bien que moi ce qu'elle a fait, cette femme.
MADAME AUBRAY
Je sais qu'elle souffre, qu'elle se repent, que vous êtes un homme, que \ou5 avez pour vous le droit, la justice et la force : que vous valez mieux qu'elle, et que voire devoir e.-l de pardonner.
Je l'ai prise sans fortune.
MADAME AUBRAY
Vous avez eu raison.
BARAXTIX.
Je l'ai aimée, respectée, élevée autant que j'ai pu.
MADAME AUBRAY
Celait votre devoir.
BARANTIX.
J'ai travaillé pour la faire riche et heureuse.
MADAME AUBRAY
Travailler pour ceux qu'on aime, ce n'est pas travailler.
BA RAXTIX.
Elle m'a trompé lâchement.
MADAME AUBRAY
Quand on trompe, on trompe toujours comme ça... Après:
BA RAXTIX.
Après? Je l'ai chassée comme elle méritait de l'être, et vous avez vu dans quel état j'étais; car je l'adorais celte misérable!... Sans vous, je ne sais pas ce que je serais devenu... Je me serais tué, ou j'aurais commis un crime plus grand peut-être.
MADAME AUBRAY
II n'y en a pas de plus grand. C'est donc moi qui vous ai sauvé. J'ai donc su ce qu'il vous fallait alors. Pourquoi ne le saurais-je pas encore aujourd'hui '?
BARANTIN.-
Aujourd'hui, je n'ai plus besoin de rien.
M A D A ai E A U B R A Y.
C'est-à-dire qu'alors c'était vous qui souffriez, et qu'aujourd'hui c'est un autre; que, pour vous guérir, il ne fallait que de la volonté, et que, pour ftiire ce que je vous demande, il faut de l'abnégation. Jadis, vous n'aviez à vaincre que votre douleur; aujourd'hui, il vous faudrait vaincre votre orgueil ; c'est plus difTicile, j'en conviens.
B ARANTIN.
Donnez-moi une raison.
MADAME AUBRAY
Elle est la mère de votre fille.
BARANTIN.
Elle a perdu ce titre le jour où elle a abandonné Lucienne. Je suis très-doux, ma chère amie, vous le savez ; mais, au fond, je suis très-ferme. Bonhomme; mais homme! Eh bien, qu'on pardonne à la femme qui trahit son époux, — passe encore; qu'on pardonne à la mère qui abandonne son enfant, non ! Jusqu'à ce qu'elle soit mère, la femme peut errer, elle peut ignorer où réside le véritable amour et le chercher à tort et à travers; à partir de l'heure où elle a un enfant, elle sait à quoi s'en tenir. Si elle se soustrait à cet amour-là, elle est décidément sans cœur; car c'est le plus grand, le plus pur, — le plus facile des amours humains. Je m'étonne donc qu'une mè^e comme vous prenne la défense d'une mère comme elle; mais les femmes, même les plus irréprochables, trouvent toujours une excuse à ces poétiques lâchetés de l'amour. C'est si intéressant, une femme qui aime! elle a de si bonnes raisons! Que voulez-vous! son mari n'était pas ce qu'elle avait rêvé; et, pendant que ce pauvre