ACTE DEUXIÈME
honnête homme, qui a le tort de n'être pas assez blond ou assez brun, qui a les pieds trop gros ou le nez trop long, travaille pour nourrir et pour parer cette dame, elle va se jeter dans les bras de son idéal, quoique bellâtre bien mis, qui veut aimer gratis et qui la plante là quand elle est vieille. Alors, la femms délaissée, compromise, solitaire., se souvient qu'elle avait un mari, un enfant, une famille, que tout ça doit être quelque part, et elle revient en disant : «A propos, je me repens, vous savez; pardonnez-moi ! » Trop tard, madame, je ne vous connais plus ; si la solitude vous pèse, prenez un autre amant et laissez-moi la paix.
MADAME AUBRAV.
Et si elle prend un autre amant?
Ça lui en fera deux, et, si elle en prend encore un, ça lui en fera trois. Celui qu'il ne faut pas prendre, c'est le premier; le? autres ne signifient plus rien. Pas de premier, pas de second.
MADAME AUBRAY
Ce sont là les raisonnements d'un homme, et non ceux du î chrétien.
BAR a:\tin.
.le suis un mauvais chrétien, voilà tout.
madame AUBRAV.
Barantin! Pourquoi faites-vous le bien, alors?
BARANTIN.
Par raison. Je vois des innocents qui souffrent, cela me paraît injuste et je leur tends la main. Quant aux coupables, au^ méchants, aux ingrats, qu'ils se tirent d'affaire comme ils vo-'dront, ça ne me regarde pas.
MADAME AUBRAY
D'abord, il n'y a pas de coupables, il n'y a pas de méchan:^, il n'y a pas d'ingrats; il y a des malades, des aveugles et des fous. Quand on fait le mal, ce n'est pas par préméditation, c'est par entraînement. On croit que la route est plus agréable à gaucha
qu'à droite; on prend à gauche, et, quand on est dans les ronces ou dans la fange, on appelle au secours, et le devoir de celui qui est dans le bon chemin est de se dévouer pour sauver l'autre.
BARANTIX.
Disons ces choses-là, ça fait très-bien; mais contentons-nous de les dire.
MADAME AUBRAY
Pardon, mon cher Barantin, mais, jusqu'à ce jour, j'ai fait comme j'ai dit.
BARANTIN.
Chère amie, vous êtes le plus admirable exemple de vertu et de charité qu'on puisse offrir aux hommes et surtout aux femmes; personne ne le sait mieux que moi, et je proclame que vous êtes une sainte quand je ne crie pas que vous êtes un ange; mais avec tout cela vous êtes dans le faux. Savez-vous quels résultats vous obtenez, entre autres?...
MADAME AUB RAV.
Dites.
BARANTIN.
On vous exploite, on vous ridiculise, on vous trahit; ceci n'est rien. Savez-vous de quoi vous accusent certaines .femmes qui ne seraient pas dignes de dénouer les lacets de vos bottines, mais qui n'en.ont pas moins autorité dans le monde?
MADAME AUBRAY
Et de quoi m'accusent-elles?
BARANTIN.
D'avoir un amant.
Un amant... qui est?
BARANTIN.
Qui est... Devinez.
MADAME AUBRAY
Gomment voulez- vous...?