ACTE TROISIEME. Il'i
MOUTEMKR.
Oui, (lu bonlieur!... celui... que nous donne le ((Pur des femmes!
.\NTOINKTTi:, vivement, rinlerronipnnl.
Ah! je comprends!
M0RTI:M1:u, vivement.
Ail! vous comprenez?...
ANTOINETTE, se ravisant.
Mais pourtant vous n'êtes pas maiié ! Alors, ce n'est pas ce que je pensais !
MORTKMER.
Qu'est-ce que vous pensiez?
ANTOINETTE
Mais le plaisir de vivre avec la per-^onne que l'on aime... comme mon frère et ma belle-sœur!... La meilleure fortune n'estelle pas de rencontrer cette personne-là, avec qui l'on est heureux de passer toute sa vie?...
MORTKMER.
Très bien; mais ce n'est pas tout à fait cela...
ANTOINETTE
Ah!
MORTEMER
Non! ce dont je \ous parle a son nom... et c'est... (ii s'arrae.J
ANTOINETTE, le regardant bien franchement.
C'est?...
MORTEMER, gêné.
(A part.) Elle m'intimide avec ses grands yeux ouverts et naïfs... (Haut.) Tenez! hier au soir, je vous ai trouvée tout animée, toute brûlante d'émotion, d'enthousiasme!... n'est-ce pas?...
ANTOINETTE
Oui, j'étais un peu folle... la musique !...
MORTEMER
Eh bien! il s'agit d'une harmonie plus suave encore!... d'une joie que vous avez certes rêvée!...
antoixp:tte.
Non. Tamais on ne m'a dit...
MORTEMER
Oui; mais vous l'avez devinée!...
ANTOINETTH:, le regardant.
Quoi?...
INI O R T E iM E R .
Comment, ange que vous ôles, votre cœur ne s'est jamais inquiété de ce qu'un homme comme moi pouvait attendre de... de...
ANTOINETTE
De quoi?... Est-ce donc mal, pour hésiter à le dire?...
MORTEMER
Mal!... Dites enchanteur, au contraire... (a pnn.) Elle ne comprend pas!... [Haut.) Dites enivrant!... Et la preuve, c'est que ma main tremble, et que près de vous...
ANTOINETTE, le regardant.
Près de moi!... Eh bien?
MORTEMER, balbutiant, intimidé par son regard et ne sachant plus ce qu'il dit.
Rien!... je... mais ce regard si naïf... qui me suit partout! Je voudrais vous dire... et je ne sais comment... que c'est cela qui m'enchante, qui m'attire... qui me charme... (Même jeu du regard.) et qui me trouble, vous le voyez, au point que... je veux parler... (Avec passion.) Ah! je le vcux pourtant avec passion!... et, je ne sais comment cela se fait... (Doucement.) iMais devant ce regard... je n'ose plus... Non!... — Ah! c'est ridicule et stupide... mais je n'ose pas... je suis fou... je ne sais plus...
ANTOINETTE, debout , inquiète.
jMon Dieu! mais qu'avez-vous donc?
MORTEMER, dégagé de ses yeux, avec violence, sans se lever.
Ce que j'ai? — Vous ne comprenez pas qu'il y a ici, près de vous, un homme qui s'est fait toute sa vie une loi de ses caprices... et qu'à l'ardente passion qui l'anime, il ne tiendrait qu'à lui de...
ACTI- THOISIK.MK. 117
Mais, quoi donc?... Hn vérilé... mais [\ la fin, jo voii.<î assuro que j'ai peur!
M o Jl T i: M i: W , H ver triompJi<?.
Al) ! vous avez peur!
ANTOINKTTi:.
l'our vous, oui; vous êtes si ému!...
M 0 Pi T K .M !•: r, , abandonnant sa main, à liii-ni."m<.'.
Pour moi! c'est pour moi!... Hlie ne com[)ren(J p;is!... Kllc n'a pas compris!... Rien, rien!
A N TO 1 N K T T E , un i)eu éloignée de lui.
Dois-je appeler? Qu'avez-vous? vous me regardez?...
MORTE MER, toujours assis à demi, doucement, t mu, tendre, avec adoration, la regaj^ant, après un petit silence.
Oui, oui! je vous regarde!... Oui!... Oli! laissez-moi \ou5 regarder de tous mes yeux, de toute mon àme! Ah! Dieu! cela est donc vrai?... Il y a donc une innocence, une vertu, une candeur pareilles!... Ali! que cela est donc beau, et que cela fait de bien de le voir, de l'entendre... et de se dire, en tombant saintement aux pieds de cette chose divine : (Glissant à genoux.' Je ne suis pourtant pas si méchant qu'il me semblait, puisque je suis encore capable de la comprendre et de l'adorer!
ANTOINETTE
Une larme! vous pleurez?
MORTE M E R , debout , avec élan.
Une larme du démon... ange que vous êtes, et qui me sauvera, je vous jure !...
ANTOINETTE
Mais de quoi donc ?
MORTEMER
Ail! je vous le dirai peut-être un jour; mais maintenant, .sortez!... quittez celte chambre, sortez vite!... ;u ouvre la port- de
fauche toute grande.'
ANTOINETTE
Mais, Rebecca?