‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 34 sur 338 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JEAX.MNE, MADAME AUBRAY.

JEANNIXE.

Je viens m'excuser, madame, de ne pas m'être rendue hier au soir à votre bien aimable invitation, et vous exprimer mes regrets de ne pas m'être trouvée chez moi quand vous avez pris la peine d'y venir ce matin.

MADAME AUBRAY

Je craignais que vous ne fussiez malade, vous ou l'enfant, et, comme je vous savais seule...

Que de bontés!...

Ce sera pour une autre fois.

JE AN MX E.

Malheureusement, madame, je pars aujourd'hui et je viens, en même temps que mes excuses, vous apporter mes adieux.

Une mauvaise nouvelle?

JEAXNINE.

Non, madame.

MADAME AUBRAY

Vous retournez à Paris ?

JE ANNINE.

Oui.

MADAME AUBRAY

Donnez-moi votre adresse. Ne faut-il pas d'abord que je vous reporte cette musique que vous m'avez prêtée?

JEANNINE

Je n'en ai pas besoin, madame, je la sais par cœur. Voulezvous bien la garder en souvenir de moi? car je crains que nous ne nous revoyions jamais.

MADAME AUBRAY

Vous quittez la France ?

JEANNINE

Probablement.

MADAME AUBRAY

Que d'événements depuis hier! Vous ne soupçonniez pas ce voyage quand nous parlions de l'avenir.

JEANNINE

C'est vrai, madame; mais on ne fait que bien rarement ce <]ue l'on voudrait faire... Adieu, madame.

Comme vous êtes pressée !

JEANNINE

Je craindrais d'abuser de vos instants.

MADAME AUBRAY

Vous paraissez triste, émue, embarrassée. Auriez -vous quelque chose contre moi ?

ACTK DEUXIEMIi. .i.-j

JE AN M m:.

Contre vous?... Oh! madame!

MADAME AUBRAV.

Alors, puis-je vous servir en quoi que ce soit?

JE ANMNE.

En rien, merci.

MADAME AUBRAY

Gardez votre secret, mon enfant; je suis une amie trop nouvelle pour avoir le droit de vous le demander.

JEANNINE

Mon secret! Mon Dieu, madame, je vais vous l'apprendre; car, après les bonnes paroles que vous m'avez dites et l'intérêt que vous me témoignez encore, je serais une ingrate si je manquais de confiance avec vous. Je quitte ce pays, madame, pour ne pas vous mettre dans une position difficile vis-à-vis de moi, et un peu aussi pour ne pas me trouver dans une position fausse vis-à-vis de vous.

MADAME A U B R A Y

Je ne comprends pas.

Vous m'avez prise pour une autre, madame, ou plutôt je me suis donnée pour une autre, n'ayant pas alors le courage de vous initier, non pas au secret, mais aux événements de ma vie. Je pourrais vous laisser dans votre erreur, du moins pendant tout le temps que je passerai ici; mais ce serait indigne de vous, peut-être de moi, car je ne suis pas menteuse.

MADAME AUBRAY

Je vous crois.

JEANNINE

Je ne suis pas veuve, madame, et je n'ai jamais été mariée. Vous pourriez l'apprendre d'un autre, j'aime mieux que vous l'appreniez de moi-même. Il est donc inutile que j'entame des relations que vous seriez forcée de rompre un jour, et je préfère

ne pas entrer dans votre maison plutôt que d'attendre le moment où vous m'en fermeriez la porte.

MADAME AUBRAY

Alors, ce petit enfant?...

JEAT^NINE.

N'a pas d'autre nom que celui de Gaston.

MADAME AUBRAY

Pauvre petit! Son père?...

JEANNINE

N'était pas mon mari.

MADAME AUBRAY

Ce père est mort?

Il vit, madame.

MADAME AUBRAY

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