ACTE DEUXIÈME. o
MA I>A MI-: A L liltAV.
Et copendcint vous m'avez donné votre fille à élever, au risque de lui voir un jour les mêmes idées qu'à moi.
BAHANTIX.
Oui, je vous ai donné ma fille. Si j'avais eu un fils, je ne vous l'aurais peut-être pas donné.
MADAMi: ALBRAV.
Pourquoi?
BARANTIN.
Parce qu'avec vos idées, on virilise les femmes, mais on efféminé les hommes.
MADAME AUBRAY
Alors, j"ai mal élevé mon fils. Il n'est ni noble, ni généreux, ni utile, ni loyal, ni brave?
11 est tout cela, il est brave; eh bien, qu'il entende tenir demain sur sa mère le ridicule propos que je vous répétais toul à Fheure, que fera-t-il?
M AD ami: albray.
Il le méprisera.
BARANTIN.
Erreur! Il sautera au visage de celui qui aura tenu ce propos, et il fera bien. Où sera le chrétien, alors? Ce sera l'état social et le sentiment naturel qui reprendront leurs droits. Dieu veuille que vous n'ayez pas un jour à demander à Camille une concession du genre de celle que vous me demandez et qu'il ne pourra vous faire... Rêves que toutes ces idées!
MADAME AUBRAY
Aveugle que vous êtes! Tous ne voyez donc pas qu'elle ne suffit plus, cette morale courante de la société, et qu'il va falloir en venir ouvertement et franchement à celle de la miséricorde et de la réconciliation? que jamais celle-ci n'a été plus nécessaire qu'à présent? que la conscience humaine traverse à cette heure une
de ses plus grandes crises, et que tous ceux*qui croient en Dieu doivent ramener à lui, par les grands moyens qu'il nous a donnés lui-même, tous les malheureux qui s'égarent? La colère, la vengeance ont fait leur temps. Le pardon et la pitié doivent se mettre à l'œuvre. Quant à moi, rien ne troublera mes convictions, rien ne modifiera mes idées. Non, ces voix intérieures que j'entends depuis mon enfance, ces principes évangéliques qui ont fait la base, la dignité, la consolation et le but de ma vie, ne sont pas des hallucinations de mon esprit; non, ce n'est pas une duperie que le pardon! ce n'est pas une folie que la charité. Non, non, mille fois non! Ma mère ne m'a pas menti, mT)n époux ne m'a pas menti, mon Dieu ne m'a pas menti. Je n'ai jamais lutté, dites-vous? Lh bien, vienne la lutte! je l'attends, je l'appelle, et, quels que soient les preuves, les exemples, les sacrifices, que me commandent mes idées folles, je donnerai les uns et j'accomplirai les autres. '■
Je le souhaite.
MADAME AUBRAV.
Et moi, je l'affirme. ♦
BARANTIN.
Amen !