‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 38 sur 338 · ACTE DEUXIEME. ù · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME. ù

<ance l'avait contrarié (c'est le mot dont il s'était ser\i alors), je pourrais le garder toujours, et qu'il aurait toujours soin de nous deux, si je ne parlais jamais de lui à personne. J'avais l'indépendance, j'avais un enfant, je me considérai comme la plus heureuse femme de la terre. Il se maria, et je l'ai revu hier pour la première fois depuis ce mariage. Voila mon histoire, madame, voilà mon secret.

MADAME AUBRAV.

Et vous vivez ainsi au jour le jour?

JE AN N IN E

Oui, madame.

MADAME ALBRAV.

El quand votre enfant sera grand, que ferez-vous de lui ?

JE AN M NE

Je n'en sais rien.

MADAMEf AUBRAV.

Et si son père mourait?

JEANNINE

Il m'a promis d'assurer son sort.

MADAME AUBRAV.

Et s'il vous a trompée?

JEANNINE

Je ne crois pas, c'est un honnête homme.

MADAME AUBRAY

Et si vous mouriez, vous?

JEANNINE

• Il s'en chargerait peut-être. Une fois que la mère est morte, ce n'est plus la même chose. Il n'a pas eu d'enfants de sa femme.

MADAME AUBRAY

- Et si sa femme s'opposait à cette adoption, ou à cette reconnaissance; si voîre enf-;nt restait tout seul, enfin?

JEANNINE

Il y aurait encore quelqu'un pour se charger de lui.

MADAME AUBRAY

Qui cela?

JEANNINE

Vous, madame.

Moi!

JEANNINE

Oui, madame, et j'en suis tellement sûre, qu'en rentrant, je vais écrire ce testament bien simple : « Si je viens à mourir, conduire tout de suite mon fils chez madame Aubray et la prier de l'élever comme elle a élevé lésion. »

MADAME AUBRAY

Et vous ne doutez pas que je n'accepte la mission ?

JEANNINE

Je n'en doute pas.

MADAME AUBRAY, rembrassant.

Ahl mon enfant! vous ne pouvez pas savoir le plaisir que vous me faites en méjugeant ainsi. Eh bien, je signe le traité. — k une condition?...

JEANNINE

Dites, madame.

MADAME AUBRAY

Au point de vue de la morale, et de la vraie et de la seule morale, ce que vous venez de me raconter est monstrueux, ma pauvre enfant, et cependant cela vous paraît tout simple. Vous êtes donc une inconsciente; et ce n'est pas absolument votre faule; les autres y sont bien pour moitié, sinon pour tout. Vous êtes une bonne mère, cela est certain et cela est d'un grand poids devant toutes les justices, humaine et divine.— Parlez-moi «lonc en toute sincérité. Depuis que vous êtes séparée du père do votre enfant, vous n'avez ri^^o à vous reprocher ?

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