ACTE TROISIÈME
dération, le bonlieur, ce n'est pas une punition, c'est une récompense. Quelle lutte aura -t- il à soutenir avec les autres et avec lui-môme? Quels préjugés aura-t-il à vaincre? Quel bon exemple aura-t-il donné à ceux qui en ont reçu de lui tant de mauvais? Aucun! Et maintenant, s'il se trouve une femme que cette fausse morale de la société, ou la misère, ou la fiiiblesse. ou les mauvais exemples aient entraînée momentanément dans le mal, mais pour laquelle, puisqu'elle est femme, on appelle crime ce que pour vous on appelle légèreté, si cette femme se repent aussi sincèrement que vous, si elle a déjà même trouvé en elle, en elle seule, les forces nécessaires pour se relever, si elle a fourni les preuves de son repentir, si elle vous aime, si vous l'aimez, et si votre amour, votre indulgence, votre nom à vous, honnête homme plus coupable qu'elle au fond, peuvent la sauver définitivement, de quel droit les lui refuserez-vous? Ah! je sais bien. Il y a le monde, il y a la faute connue, il y a dans le passé un fait qui humilie, un homme qui gène, un souvenir qui brûle. Et vous, n'êtes-vous pas ce même fait, ce même homme, ce même souvenir pour d'autres coupables? Combien de femmes vous retrouvent dans leur passé, qui seraient peut-être heureuses et respectées si vous n'y étiez pas! Eh bien, le moment est venu de la réparation. Tendez la main, la main droite à cette créature faible, relevez-la tout à fait, et, si l'on s'étonne, si l'on sourit, au lieu d'en appeler à la colère, aux armes et au sang, dites-vous dans votre conscience : « Oui, cette femme a été coupable; mais, moi aussi, je l'ai été. J'ai brisé dix, vingt existences de femmes peut-être, j'en sauve une. je ne suis pas encore quitte avec Dieu. » Ayez le courage du bien, comme vous avez eu le courage du mal, et, c'est moi qui vous le dis, les honnêtes gens seront avec vous. Ce n'est pas tout le monde, mais c'est quelqu'un !
CAMILLE, embrassant sa mère.
Oh! chère mère.
VA LM OR EAU
Oui. oui, oui... C'est égal... c'est raide. Ainsi vous avez une... jeune fille, qui...?
MADAME AUBRAY
Qui a commis une faute.
VALMOREAU.
Publiquement?
MADAME AUBRAY
Elle ne s'est pas cachée.
VALMOREAU.
L'homme... est mort?
Il vit.
VALMOREAU.
Qu'il l'épouse alors, lui !
MADAME AUBRAY
Il est marié.
VALMOREAU.
Une vraie... faute?
MADAME AUBRAY
Une vraie faute... il y.a un enfant.
VALMOREAU, bondissant.
Jour de Dieu! madame, mais c'est une épreuve de francmaçonnerie à laquelle vous me soumettez -là. Dites- moi bien vite que les cada\res sont en carton, et qu'il n'y a rien dans les pistolets.
MADAME AUBRAY
Je suis on ne peut plus sérieuse.
VALMOREAU.
Vous me conseillez d'épouser cette dame ?
MADAME AUBRAY
Je VOUS le conseille.
VALMOREAU, allant à Camille.
Et VOUS ?
ACTF TROISII-ME. 85
Moi aussi, bien entendu.
VALMOREA L.
Vous l'épouseriez, vous?
CAMILLE
A l'instant, les yeux fermés, si ma mère me disait de le faire.
VALMOREAU.
Mais à vous, elle ne le dirait pas.
MADAME AL B RAY
Comme à vous-même, si je croyais la chose juste et bonne.
VALMOREAU, à Camille.
De qui est-il question ?
CAMILLE
Je n'en sais rien du tout.
VAL MO RE A U, à part.
Ces gens-là sont fous, il n'en ont pourtant pas l'air. (Haat, h madame Aubray.; Et moi, je connais la personne?
MADAME AUBRAY
Vous la connaissez, et elle vous plaît.
VALMOREAU.
Elle me plaît, ce n'est pas un renseignement. Et je lui plais aussi?
Elle vous aime.
VALMOREA U.
Vous en êtes bien sûre, madame ?
MADAME AUBRAY
Elle me Ta dit.
VALMOREAU.
Elle m'a nommé ?
MADAME AUBRAY
Non, mais...
VALMOREAU, avecjoie.
Mais ce n'est peut-être pas moi.
MADAME AUBRAY
Ce ne peut être que vous, d'après les indications que vous avez données vous-même.
VALMOREAU.
Je n'y suis plus du tout. (Jeannine entre en ce moment et pousse Gaston vers madame Aubray, pendant que CamiUe, qui l'a vue entrer, la salue respectueusement.)
VALMOREAU, les voyant et se frappant le front.
Miss Capulet! (a madame Aubray.) G'ost elle?
MADAME AUBRAY
Je n'ai nommé personne.
VALMOREAU, sortant, bas.
.Te vais faire ma malle, c'est plus sûr.