SCÈNE VI
CAMILLE, JEANNINE. GASTON, puis VALMOREAU.
CAMILLE, entrant.
Qu'y a-t-il ?
JEANNINE, qui s'est précipitée sur son enfant, à Camille.
Sauvez mon enfant, monsieur Camille, je vous en supplie. — Gaston, qu'est-ce que tu as? Tu es blessé. Ce n'est rien, je te le promets. Mon pauvre petit!
CAMILLE
Oh! je vous en prie, ne pleurez pas, il n'y a aucun danger. Une chute, sans doute.
Il ne bouge plus.
CAMILLE
Voilé ses yeux qui s'ouvrent. Tenez, il sourit.
Gaston, c'est moi.
GASTON- prenant la tète de Jeannine dans ses bras.
Maman! (Regardant Camille et lui prenant la tête ù son tour.) Papa!
CAMILLE
Oh 1 tu as bien dit, cher petit ange. Ce mot n'est pas un souvenir, mais c'est un pressentiment, et je n'attendais que ce mot pour dire à ta mère...
JEANNINE
Ne dites pas!
CAMILLE
Je vous offense. Mais ce que j'ai à vous dire, je vous le dirais devant le monde entier. Si vous saviez...
JEANNINE
Quelqu'un !
CAMILLE, se levant et voyant Valmoreau.
Quelqu'un? Tant mieux ! car, devant quelqu'un, j'aurai le droit de vous découvrir toute mon âme. (Aii^nt à vaimoreau et lui prenant les mains.) Tout à l'iicure, VOUS me demandiez pourquoi j'étais si enthousiaste et si gai. Jo n'ai pas voulu alors vous faire, loin de la bien-aimée de mon cœur, une confidence qui eût pu la compromettre, pas plus que je ne veux lui faire sans témoin un aveu qui pourrait la blesser. Je puis parler maintenant : j'aime, et j'aime depuis un an. Pendant toute cette année, il ne s'est point écoulé un jour, une heure, sans que cet amour fût présent à ma pensée. Je lui dois toutes mes joies et tous mes chagrins, car je croyais que celle qui me l'inspirait était la femme d'un autre et qu'elle n'avait pas plus le droit de m'aimer que je n'avais le droit de lui parler de mon amour. Elle a dit à ma mère qu'elle était veuve, libre par conséquent.