‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 65 sur 338 · ACTE OUAÏRIKMK. III · texte numérisé non relu

ACTE OUAÏRIKMK. III

Dans un an, tu auras vingt-cinq ans et tu seras libre.

CAMILLIi:.

Oh! ma mère, pourquoi veux-tu me faire encore plus de peine que je n'en ai? Tu sais bien que je n'épouserai jamais une femme dont tu ne feras pas ta fille, et, d'ailleurs, je ne me marierai jamais. Des grandes idées que j'ai reçues de toi, il me restera une compassion générale pour les misères d'autrui et le droit de me dépenser pour tout le monde sans me sacrifier tout à fait pour personne. Je s;iurai au fond que la vertu a des bornes, que le bien a des limites, et je glorifierai les sentiments en ajournant toujours la preuve, pour n'avoir pas à discuter avec ma conscience. J'arriverai ainsi à la fin de la vie, peut-être avec quelque hâte d'atteindre au dernier moment, et d'aller savoir, de l'autre côté de la terre, si la vérité est dans la parole divine ou dans les interprétations de l'homme. Puissé-je ne pas trouver alors la grande déception que je subis aujourd'hui et ne pas être forcé de reconnaître, au delà comme en deçà de la' vie, l'impuissance de l'àme humaine. Quoi qu'il en soit, si je n''ai pas donné l'exemple des grands sacrifices que je me croyais et me sentais le devoir et le droit de donner, c'est que j'aurai dû les soumettre au respect filial. En attendant, je Gouffre beaucoup dans mon cœur et dans mes convictions. Je ne ferai pourtant rien pour revoir cette femme, comme on l'appelle ici, puisqu'elle a accepté d'avance ton jugement; mais, si tu la vois, dis-lui, comme tu sais dire ces choses-là, qu'il faut décidément, dans ce monde, immoler certains principes éternels à certains devoirs sociaux, et que, ne pouvant prouver mon amour pour elle que par ma désoBéissance envers toi, il ne m'e'tait pas permis d'hésiter, (n sort.)

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